| De l’interprétation des décisions de justice par les journalistes… le cas de l’homoparentalité |
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| Droit civil - Droit de la famille | |||
| Samedi, 24 Juillet 2010 18:18 | |||
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Les raccourcis sont souvent faciles en droit et l’interprétation des décisions de justice par des non juristes peut rapidement s’avérer contestable ou du moins trop engagée.
I. Les faits
Un couple composé de deux femmes, Mme X. de nationalité française et Mme Y de nationalité américaine, vit aux Etats Unis. Ces deux personnes ont passé une convention de « domestic partnership ». Mme Y a donné naissance à un enfant grâce à une insémination artificielle. Par un jugement du tribunal de comté de Dekalb, Mme X a pu adopter la fille de Mme Y et a été reconnue comme parent ce qui lui permet ainsi d’exercer elle aussi l’autorité parentale sur l’enfant.
Le couple désire faire reconnaitre ce jugement en France, c'est-à-dire en obtenir l’exequatur, ce qui permettrait aux deux femmes d’exercer conjointement l’autorité parentale sur l’enfant dans notre pays. Néanmoins, que ce soit la décision en première instance ou la décision en appel, les juges refusent la reconnaissance de l’autorité parentale pour les deux parents non mariés dans la mesure où ils considèrent qu’en vertu des articles 365 et 370-5 du code civil, l’adoption fait perdre l’exercice de l’autorité parentale à la mère biologique au profit de l’adoptante.
II. La décision de la Cour de Cassation
La Cour de Cassation casse l’arrêt rendu en appel au motif que la Cour d’Appel a violé l’article 509 du code civil par refus d’application et a également violé l’article 370-5 du code civil par mauvaise application.
En effet, une décision rendue par une juridiction étrangère doit recevoir l’exequatur en France sauf si le tribunal qui l’a rendue était incompétent, si elle heurte l’ordre public international français, ou encore s’il y a fraude à la loi2. En l’espèce, seul l’ordre public international français aurait pu empêcher l’exequatur d’une telle décision, mais la Cour de cassation estime qu’une telle décision rendue dans un Etat étranger ne heurte pas les principes essentiels du droit français. Par conséquent, les deux femmes peuvent exercer conjointement l’autorité parentale sur leur enfant sur le territoire français.
La solution peut poser des difficultés eu égard à l’article 365 du code civil relatif à l’adoption simple qui dispose pour faire bref que lorsqu’une personne adopte un enfant, sa mère biologique perd son autorité parentale. Or, l’article L 370-5 du code civil dispose que « L’adoption régulièrement prononcée à l’étranger produit en France les effets de l’adoption plénière si elle rompt de manière complète et irrévocable le lien de filiation préexistant. A défaut, elle produit les effets de l’adoption simple. Elle peut être convertie en adoption plénière si les consentements requis ont été donnés expressément en connaissance de cause. ». A notre avis, la difficulté peut être évincée si l’on considère que la décision américaine certes, tranche la question de l’adoption, mais plus encore celle de l’exercice de l’autorité parentale. En ce sens, il ne faudrait pas regarder les articles du code civil relatifs à l’adoption ce qui permettrait de faire obstacle à l’exequatur, mais il faudrait regarder les articles relatifs à l’autorité parentale.
III. Critique de l’interprétation de la décision de justice par les médias - Le maintien du refus de l’homoparentalité
« Un pas de plus vers l’homoparentalité »3, « Une porte entre-ouverte à la reconnaissance de l’homoparentalité »4, « L’homoparentalité reconnue implicitement par la justice »5… Pour la presse et les journalistes, cette décision semble marquer une véritable révolution ou du moins une incontestable évolution vers l’acceptation par les juges de l’homoparentalité.
Conclusion :
L’arrêt admettant l’exequatur est peut être une avancée pour les couples binationaux qui veulent faire reconnaitre leur droit en France, mais elle ne semble pas avoir d’impact sur les couples français. En effet, la Cour de Cassation réaffirme des conditions restrictives en ce qui concerne la délégation de l’autorité parentale. Reste le cas de l’homoparentalité grâce à l’adoption par deux personnes du même sexe, mais la notion de conjoint de l’article 365 du code civil n’est prévue que pour des personnes unies par les liens du mariage donc des personnes de sexe différent. Que ce soit donc par le jeu de l’adoption ou par le seul jeu de la délégation de l’autorité parentale, il n’y a guère eu d’évolution pour les couples français.
Trois questions finales peuvent se poser :
Yan Flauder
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