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Ecole HEAD: Interview de Jean-Philippe Lambert, Avocat Associé chez Mayer Brown

Ecole HEAD: Interview de Jean-Philippe Lambert, Avocat Associé chez Mayer Brown

 


 

Avocat au Barreau de Paris depuis plus de 20 ans, Jean-Philippe Lambert est aujourd’hui Président du cabinet d’avocats Mayer Brown en France, et membre du comité de direction mondial. Structure internationale regroupant plus de 2000 avocats d’affaires aux Etats-Unis, en Europe, en Amérique du Sud et en Asie, Mayer Brown est classé parmi les 10 cabinets d’avocats les plus influents dans le monde.
 
Conseil auprès de grands groupes internationaux et spécialiste dans le domaine des fusions-acquisitions, des financements et des joint-ventures internationales, Jean-Philippe Lambert est par ailleurs Président de l’association Atouts Légion. 
 
Désireux de s’impliquer dans la formation des jeunes avocats, Jean-Philippe est avec Emmanuel Brochier et Christopher Baker l’un des initiateurs du projet HEAD.
 


  
JPL

Jean-Philippe Lambert, Avocat au Barreau de Paris

 

Pourquoi avoir créé l’école HEAD ?

La création de HEAD répond à plusieurs besoins :
 
(1) créer une école française de droit reconnue à l’échelle internationale et valorisant l’enseignement de qualité de l’université française ;
(2) offrir aux étudiants, en partenariat avec le corps professoral universitaire, une formation d’excellence sécurisée et intensive, en français et en anglais, qui s’appuiera sur un enseignement juridique adapté au monde de l’entreprise et des matières connexes leur permettant de maîtriser l’environnement du droit des affaires ;
(3) permettre aux professionnels du droit d’accueillir des étudiants immédiatement opérationnels.
 
Notre école propose un cycle d’enseignement de deux ans incorporant les matières juridiques essentielles du droit privé et public des affaires enseignées en partenariat avec des professeurs de droit. Les étudiants suivront au cours de ces deux années un parcours pluridisciplinaire en adéquation avec les besoins exprimés par les professionnels du droit, en langues, finance, économie mais aussi en humanités, selon un programme pédagogique innovateur et expérimental.
 
Nos étudiants suivront, au cours de leur troisième année, une formation de type LL.M. à l’étranger ou en France au sein d’une université ou école partenaire de haut niveau afin de parfaire leur maîtrise de langues étrangères et de découvrir une autre culture juridique à laquelle ils seront confrontés dans leur vie professionnelle.
 
L’école s’appuiera sur des méthodes permettant d’appréhender avec pragmatisme la pratique du droit et le corps enseignant comprend des professeurs d’universités françaises et d’universités étrangères prestigieuses ainsi que des praticiens reconnus. Chaque étudiant sera sensibilisé aux questions éthiques et participera à un programme d’œuvres sociales défini. L’école ouvrira les étudiants aux humanités afin de leur offrir une meilleure connaissance d’eux-mêmes et de leur permettre d’aborder leur future profession avec sérénité.
 
Les étudiants bénéficieront de stages de longue durée auprès de professionnels du droit reconnus, avec lesquels l’école organisera un système de tutorat afin d’orienter chaque étudiant dans ses choix professionnels.
 
Enfin, nous sommes profondément convaincus de la nécessité de promouvoir la diversité et d’éviter toute forme de discrimination sociale. C’est pourquoi nous créons un fonds de dotation, abondé par les partenaires de l’école, qui cautionnera ou octroiera des bourses aux étudiants pour que ces derniers financent leurs études.

 
Qui est à l’origine du projet ?

 
Ce sont, pour l’essentiel, des avocats et des juristes reconnus qui sont intéressés par l’enseignement supérieur et par le développement de la filière de l’enseignement du droit. Les fondateurs n’ont pas souhaité accueillir parmi les associés des sociétés ou fonds d’investissement afin d’éviter d’être tenus par des contraintes de rentabilité qui seraient incompatibles avec la mise en place d’une école de droit d’excellence. Tous éprouvent le besoin de faire un peu évoluer les choses, étant précisé que notre projet ne dénigre en aucune manière l’université mais a pour vocation de l’accompagner.

 
Que souhaitez-vous faire évoluer par rapport à l’enseignement universitaire ?

 
Nous souhaitons que nos étudiants suivent une filière sécurisée qui leur assurera un emploi stable, bien rémunéré et en adéquation avec leur projet personnel. Nous voulons établir un lien plus fort entre les professeurs et les étudiants.
 
Notre objectif est également que nos étudiants acquièrent une véritable culture juridique, financière et humaine. Nous insisterons pour qu’ils apprennent à se connaître eux-mêmes, qu’ils se construisent et qu’ils aient la maturité suffisante avant d’entrer dans la vie professionnelle.
Nous proposons un programme avec des méthodes de travail différentes. Tous les moyens seront mis à la disposition des étudiants pour qu’ils arrivent en cours en ayant déjà connaissance des points étudiés afin de faciliter un véritable échange avec le Professeur. Le rôle de ce dernier est de permettre aux étudiants d’approfondir la matière et de répondre à leurs questions ; les étudiants ne doivent plus se situer dans une optique passive. Nous insisterons sur le contrôle continu, plus que les examens de fin d’année.
 
Où en est l’accord avec l’université Paris I ?
 
Nous avons signé un accord avec Paris I en juillet dernier et cet accord avait été validé par le Conseil de la Vie Universitaire. Puis, il nous a été demandé de modifier la convention pour qu’elle s’étale sur une durée plus longue et que l’université exerce un droit de regard sur l’actionnariat, ce qui est bien légitime. Enfin, nous nous sommes engagés à réinvestir des profits dans un fonds de dotation que nous créons notamment pour aider les étudiants dans le financement de leurs études.
 
Afin d’éviter d’être au cœur des débats à l’occasion de la campagne relative à l’élection des conseils de l’université et de nous assurer de l’adhésion du nouveau président au partenariat envisagé, nous avons préféré suspendre nos discussions, qui reprendront vraisemblablement au printemps. Nous sommes très confiants sur l’issue de notre accord de partenariat au regard de l’enthousiasme des professeurs de l’Ecole de droit de la Sorbonne, dont beaucoup ont réaffirmé leur soutien inconditionnel.
 
S’il advenait que le nouveau Président et les nouveaux conseils n’adhèrent pas au projet, nous poursuivrons notre logique de parcours sur 3 années et de formation complémentaire aux étudiants inscrits en M1. Il est essentiel que les étudiants disposent du M1 qui est le sésame pour toutes les professions du droit. Nous ne voulons absolument pas remettre en cause la diplomation par l’université. Ce qui nous importe, c’est la qualité de la formation de nos étudiants. Nous insisterons beaucoup sur les stages qui seront effectués dans les entreprises et cabinets d’avocats partenaires.
 
Quelle sera la structure du programme ?
 
La première composante est évidemment, sur les deux premières années, le droit. Plus de 60% des enseignements lui sont dédiés. Il y aura la première année une très sérieuse remise à niveau. Trois aspects du droit des affaires seront étudiés dans un cycle cohérent : la vie de l’entreprise dans un premier temps, puis les fusions acquisitions et enfin les restructurations. Ce sont les trois axes autour desquels sera structuré le programme. Os étudiants approfondiront en particulier des matières essentielles telles que le droit des obligations et le droit des sociétés.
 
La deuxième composante correspond aux matières qui environnent le droit des affaires : l’économie, la finance, la gestion, les ressources humaines, le marketing… On ne pourra pas tout aborder, mais ce sont des matières qui doivent être connues des étudiants pour qu’ils puissent comprendre le contexte professionnel dans lequel ils évolueront.
 
La troisième composante concerne les humanités (la philosophie, la géopolitique…) pour apporter une certaine culture juridique aux étudiants et leur permettre d’acquérir le recul nécessaire afin d’entamer leur carrière juridique dans de bonnes conditions.
 
L’accent sera porté sur l’apprentissage des langues et notamment sur l’acquisition de solides bases d’anglais. Il y aura 90h de cours d’anglais par année. La maîtrise de l’anglais est essentielle pour la future profession des étudiants et, à plus court terme, pour les préparer à la troisième année en LLM. Rassurez-vous, nous n’accueillerons pas des étudiants bilingues, loin de là. Mais, à la fin de leurs études, ils auront une connaissance de l’anglais leur permettant d’être parfaitement à l’aise dans un environnement international.
 
Enfin, chaque étudiant aura un projet social : la première année, il pourra, par exemple, servir la soupe dans les associations partenaires et, la seconde année, ses compétences juridiques seront employées au bénéfice de ces mêmes associations. Nous croyons beaucoup en la vertu de l’exemple et nous sommes convaincus qu’une formation d’excellence doit être assise sur des valeurs solides. Nous assurerons donc aux étudiants un lien privilégié avec le monde associatif ainsi que le monde de l’entrepreneuriat social et de l‘innovation sociale.
 
HEAD
 
A quel moment les étudiants pourront-ils choisir une spécialisation ?
 
Il y aura des majeures et des mineures. La première année sera un tronc commun qui permettra de compléter le M1.
 
La seconde année permettra de s’orienter vers une spécialité : certains étudieront plus des matières orientées vers les restructurations, d’autres se concentreront sur les fusions-acquisitions. La majeure commune sera axée sur la vie de la société (droit commercial général, droit des sociétés et droit des obligations qui sont des matières incontournables). Les étudiants seront tenus de suivre des conférences qui seront dispensées par de grands intervenants, des professeurs ou des praticiens reconnus, notamment de grands avocats ou directeurs juridiques de groupes internationaux.
 
Des professeurs agrégés vont-ils participer au projet ?
 
Les professeurs de l’Université Paris I, pour une grande majorité, nous ont donné leur soutien. Des professeurs tels que Laurent Aynes, Helene Ruiz Fabri, François-Xavier Lucas, Thierry Revet, Jean-Jacques Daigre ou Philippe Stoffel-Munck ont largement contribué à notre réflexion et à l’élaboration des programmes pédagogiques. L’aspect expérimental dans cette école qui les enthousiasme beaucoup.
 
Quelle sera votre politique de sélection ?
 
Les étudiants passeront une épreuve écrite qui n’est pas destinée à les piéger mais à comprendre leur raisonnement juridique. Le second élément consistera en un test d’anglais mais, répétons-le, la sélection ne se fait pas sur ce seul critère.
 
Nous aurons un entretien individuel avec chaque étudiant sélectionné afin de déceler à cette occasion la maturité, l’engagement, le profil et la volonté du candidat. Nous regarderons ce que le candidat a réalisé en parallèle de son parcours universitaire. Il doit être en phase avec nos valeurs. Un candidat excellent mais arrogant aura peu de chances d’être admis. En revanche, un étudiant qui fait preuve d’une vraie capacité d’adaptation et d’ouverture d’esprit nous intéressera.
 
De quelle manière aiderez-vous les étudiants à s’insérer professionnellement ?

On nous fait presque le reproche de trop prendre en main les étudiants ! Chaque étudiant aura un tuteur qui est recruté parmi nos partenaires (nous avons actuellement 60 partenariats avec des entreprises et des cabinets d’avocats). Chaque tuteur consacrera une heure par mois à cet étudiant. Cela nous permettra notamment d’avoir un retour d’expérience sur notre programme, nos professeurs et l’ambiance générale du groupe.
L’école orientera l’étudiant vers la 3ème année du parcours la plus adaptée à ses aspirations et nous l’accompagnerons vers une entreprise ou un cabinet partenaire pour le stage final que l’école lui procurera, dispensant ainsi l’étudiant d’avoir à recourir à une aide extérieure.

 
Les droits d’inscriptions seront très nettement supérieurs à ceux de l’université. Ne craignez-vous pas de créer une école réservée aux étudiants provenant de milieux aisés ?

Il ne faut pas être naïf : la localisation des grandes universités de droit dans les quartiers aisés ne privilégie-t-elle pas les étudiants qui ont la chance d’habiter dans le secteur ? Les écoles de commerce qui proposent des cursus juridiques et notamment des mastères spécialisés ne sont pas gratuites, tout comme l’Ecole de Droit de Sciences-Po… Quels étudiants ont accès aux LLM aux Etats-Unis ? Et que dire du développement des prépas en parallèle des études de droit qui est considérable ? Ces dernières ne se préoccupent pas vraiment des moyens de financement des étudiants !

 
Nous allons proposer un programme d’excellence ouvert à tous. Une fois l’étudiant sélectionné, nous le recevrons afin de déterminer le mode de financement de ses études en fonction de ses besoins. Le fonds de dotation que nous créons est notamment destiné à cautionner les étudiants ou à leur octroyer des bourses dans certains cas. Précisons que d’autres bourses seront aussi octroyées par les cabinets d’avocats et entreprises partenaires. Le schéma de financement des étudiants auquel nous avons réfléchi est validé avec certaines banques qui ont fait un travail remarquable pour proposer aux futurs étudiants de notre école des modalités de financement très avantageuses.
 
Les étudiants paieront des droits d’inscriptions raisonnables si on les compare à ceux des grandes écoles ou de Sciences-Po. Bien sûr, la troisième année du parcours sera coûteuse si l’étudiant effectue un LLM dans une université étrangère. Les tuition fees de certaines universités sont importants.
 
En tout état de cause, nous avons pour objectif d’aider au financement de tous les étudiants sans distinction afin qu’il n’y ait aucune discrimination sociale. L’accessibilité pour tous est capitale et HEAD ne sera jamais l’école des riches ! HEAD est une école d’excellence assise sur un modèle vertueux où l’on accompagne les étudiants y compris dans le financement de leurs études.

 

 
Propos recueillis par Antoine Bouzanquet
 

 

 

 

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