Accueil > Conseils et orientation > Interviews > Entrevue avec le professeur Bruno Dondero

Entrevue avec le professeur Bruno Dondero

Entrevue avec le professeur Bruno Dondero

A travers le témoignage de M. Bruno Dondero, Professeur agrégé à Paris 1, Carrières-juridiques tente de décoder le parcours, les embûches et les moteurs personnels d’un Professeur de droit.

Carrières-juridiques.com : Quel étudiant étiez-vous ?

Bruno Dondero : J’ai suivi un double cursus en droits français et italien à l’Université de Nanterre, suivi par un DEA (maintenant cela s’appellerait un Master 2 recherche) et une thèse.

 Je suis en réalité devenu un « bon élève » au niveau de la quatrième année. J’ai suivi correctement mes trois premières années mais je considère qu’à partir du Master 1, on commence à réellement comprendre la structure de l’édifice juridique et la cohérence des matières que l’on nous enseigne. Surtout, on découvre à quoi servent réellement les matières enseignées en première et deuxième années. Par exemple, l’application de la loi dans le temps n’a pas du tout la même résonance dans un cas pratique en L1 que dans le quotidien d’un professionnel : parfois, le contrat qu’on est en train de rédiger peut voir son contenu radicalement changer selon s’il faut ou non prendre en compte une loi qui vient d’entrer en vigueur. Des matières qui pouvaient sembler abstraites durant la licence deviennent alors très concrètes.

C-J.com : La carrière d’enseignant a-t-elle été une vocation pour vous ?

B.D. : Cela l’a été à partir de la cinquième année, lors de mon DEA. J’ai dans ce cadre effectué un mémoire de recherche, et j’ai trouvé ce travail très intéressant. J’ai donc ressenti en premier lieu une vocation de chercheur, mais je trouve que la recherche et l’enseignement s’accordent parfaitement. En effet, lorsqu’on réfléchit à des sujets, on a envie de partager et de faire découvrir le fruit de notre travail.

C-J.com : Que retenez-vous de votre travail de thèse ?

B.D. : J’en retiens que c’est avant tout un moment de grande solitude. C’est pour cela qu’il est important d’enseigner en parallèle lors de travaux dirigés, de sorte de ne pas perdre le contact avec la réalité et les personnes qui nous entourent. En outre, il ne faut pas oublier que la thèse est un pari important : on investit trois, quatre (voire plus) années de son travail, il faut donc les mettre à profit très intelligemment.  L’aspirant enseignant compose aussi avec une pression à obtenir les Félicitations du Jury lors de sa soutenance, car encore aujourd’hui c’est un atout essentiel pour démarrer sa  carrière à l’université.

 C-J.com : Comment avez-vous vécu le concours de l’agrégation, et plus particulièrement la leçon libre de 24 heures ?

[NDLR : La leçon de 24 heures consiste à travailler sur un sujet durant un jour et une nuit, accompagné d’une équipe que l’on a soi-même constituée : des doctorants, des maîtres de conférences … mais aucun agrégé. Tous les documents sont autorisés, et à l’issue de cette préparation le candidat à l’agrégation devra présenter au jury un exposé de quarante-cinq minutes maximum.]

B.D. : La leçon de 24 heures a quelque chose de folklorique, car on ne pense pas assez aux questions logistiques telles que prévoir de la nourriture pour tout le monde, gérer les tempéraments, etc. Cette épreuve est censée apprendre à gérer une équipe. C’est aussi un mode de sélection. Je n’ai personnellement pas trouvé cette épreuve particulièrement agréable, mais elle a réellement été un défi à relever. Quoiqu’on en dise, cela créé de forts liens au sein de l’équipe : on sera forcément reconnaissant pour longtemps à l’équipier qui, au milieu de la nuit, aura apporté l’idée géniale … En revanche, je considère qu’il y a d’autres moyens de sélection possibles, d’autres façons de créer des liens, et ainsi que cette épreuve n’est pas irremplaçable. De plus, elle créé des inégalités entre candidats parisiens et provinciaux : les candidats habitant hors de Paris doivent en effet assumer financièrement un endroit pour loger les participants à la leçon, les billets de train pour tous … Ces inégalités ne peuvent être ignorées.

 C-J.com : De quoi est composée une de vos journées-type ?

B.D. : J’emploie la matinée à mes cours et aux responsabilités qui sont les miennes à l’université. Mon après-midi est consacrée à mon activité de recherche d’une part, et de consultant d’autre part (soit répondre aux questions que des praticiens peuvent me poser).

 Il faut savoir que des charges administratives sont ajoutées au quotidien d’un enseignant/chercheur. Il peut être directeur d’un Master 2, d’un UFR, d’un département de recherche … Si l’on s’intéresse à la vie de l’université, on est souvent sollicité pour ces postes. Néanmoins, il est parfois irraisonnable d’accepter de trop nombreuses charges administratives au détriment d’un temps que l’on peut – et que l’on doit –  accorder à la recherche.

 Le fait est que l’activité d’enseignement est aujourd’hui  comptabilisée avec précision (l’administration de l’université avertit rapidement un enseignant lorsqu’il  est en « sous service », c’est-à-dire lorsqu’il n’a pas effectué assez d’heures de cours), mais il est en revanche très difficile de mesurer le temps passé à la recherche. On peut bien compter le nombre d’articles publiés, mais leur quantité ne rime pas forcément avec leur qualité, et il est parfois possible de passer énormément de temps à réfléchir sur un sujet pour qu’aucun article n’en découle finalement.

 C-J.com : Selon vous, le traditionalisme associé aux facultés de droit et de façon incidente au métier de professeur de droit a-t-il encore lieu d’être ?

B.D. : Un certain traditionalisme a encore sa place, oui. Mais cela ne doit pas être une valeur en soi. Il y a en revanche une grande valeur intellectuelle associée à la matière juridique, au métier de professeur aussi, qui ne doit pas être niée ou méprisée. La grande qualité des juristes aujourd’hui, celle qui résiste à tout, c’est leur intelligence et leur créativité. Et même Internet, qui rend les communications instantanées et l’accès à l’information immédiat (ou potentiellement immédiat), ne peut dévaloriser l’intelligence du juriste. Celui-ci doit savoir parfaitement intégrer les nouvelles technologies à son travail, en tirer entièrement partie, sans toutefois oublier qu’il est lui-même à la base de toute réflexion.

Pour approfondir : La fiche-métier « Professeur de droit » est à consulter ici.

 

 

 

Propos recueillis par Delphine Sitbon.

 via carrières juridiques

cj

Partager
  •  
  •  
  •  
  •  

ça peut vous intéresser

Audience solennelle de rentrée de la Cour d'appel de Paris, le 16 janvier 2017, en présence du garde des Sceaux JJ URVOAS

« La loi J21 recentre le juge sur ses missions juridictionnelles » – Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, ministre de la Justice

Suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, divorce sans juge, justice plus accessible, plus simple et ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *