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Interview de Maître Hugo Diener, Avocat au Barreau de Paris et associé au cabinet Darrois Villey Maillot Brochier

Interview de Maître Hugo Diener, Avocat au Barreau de Paris et associé au cabinet Darrois Villey Maillot Brochier


Maître Hugo Diener, 35 ans, est aujourd’hui avocat associé du Cabinet Darrois Villey Maillot Brochier Avocats en tant que spécialiste en fusion-acquisition. Il nous a accordé une interview afin de vous faire part de son parcours et de ses conseils en matière d’orientation et de carrière.


– Quel était votre parcours universitaire ?

J’ai un parcours universitaire relativement original pour un avocat d’affaires. En effet je suis venu au droit par le commerce et non l’inverse comme c’est souvent le cas. Après une Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles, j’ai intégré HEC. Les cours de droit à HEC m’ont beaucoup plu, et dans le cadre de la majeure de spécialisation juridique et fiscale, j’ai également suivi un DESS (Master 2) en fiscalité internationale à l’Université Paris-II Panthéon-Assas.

– Pourquoi avez-vous choisi la profession d’avocat ?

Les cotés intellectuel, pragmatique, créatif et vivant du droit que j’ai découvert à HEC m’ont séduit. La formation que j’ai suivie par la suite en Master 2 a confirmé ma première intuition. C’est mon premier stage chez Darrois Villey qui m’a vraiment donné envie de passer le Barreau et de faire ce métier.

– Quelles sont vos domaines d’expertise au sein du cabinet ?

Les activités du cabinet se concentrent principalement autour des fusions-acquisitions et du contentieux des affaires. Nous avons au fil du temps adjoint des compétences dans des matières qui devenaient de plus en plus essentielles aux fusions-acquisitions comme la concurrence, le fiscal, le droit public des affaires ou le financement. En ce qui me concerne, j’interviens principalement dans le domaine des fusions-acquisitions avec comme la plupart de mes associés dans ce domaine, une pratique assez large (offre publiques, société non-côtées, gouvernance, private equity, joint venture internationales) avec un goût prononcé pour les opérations internationales complexes. De manière accessoire, je suis également des contentieux /arbitrages relatifs à des opérations de fusions-acquisitions (contentieux boursier, pactes d’actionnaires …).

– Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les fusions acquisitions ?

Disons que cette orientation est à la fois la conséquence logique de ma double formation très orientée droit des affaires et de mes premières expériences. En effet, même si il y a des prédispositions et des envies, je pense que les choix de « spécialisation » se font principalement lors des stages et des rencontres avec des professionnels puis lors des premières années d’exercice. Ma rencontre avec les fondateurs du cabinet lors de mon premier stage a été déterminante.

– Est-ce qu’une formation en école de commerce en complément d’une formation juridique traditionnelle est indispensable pour réussir une carrière d’avocat ?
C’est une question récurrente pour les cabinets en matière de recrutement et pour les universités et écoles en terme de modèle. En ce qui me concerne, cela a été un plus indéniable dans la mesure où à la conjonction de deux mondes, celui des affaires et celui du droit et que ma formation et mon tempérament me poussent à avant tout comprendre ce que veut un client et pour quoi avant de chercher des solutions techniques pour arriver à ses fins. Pour autant, les doubles ou triples formations ne sont pas un pré-requis absolu pour faire un bon avocat d’affaires. Je m’occupe du recrutement des stagiaires au sein du cabinet depuis quelques années et rencontre dans ce cadre beaucoup d’étudiants tous les ans. L’antagonisme entre les brillants élèves de l’université, bons juristes et mauvais financiers et les brillants élèves des écoles naviguant aisément dans les opérations les plus complexes mais manquant sérieusement de bases en droit (notamment en droit des obligations) est à mon avis non seulement caricatural mais surtout de moins en moins vrai. En outre certains étudiants, par le nombre et la diversité de leurs stages apprennent très vite à combler leurs éventuelles lacunes. Enfin il faut le reconnaître, année après année, les différentes établissements augmentent les passerelles, doubles diplômes, formations intégrées et de nouvelles écoles, comme HEAD ou l’école de droit de Sciences-Po, voient le jour. Même si certains cabinets exigent des doubles voire triples formations, il me semble que c’est avant tout l’excellence de la formation initiale et du profil des candidats ainsi que la diversité de leurs expériences qui fait la différence plutôt que la simple accumulation des diplômes.

– Pensez-vous qu’un LLM est nécessaire pour commencer une carrière internationale ?

Cela dépend beaucoup de la définition de la notion de “carrière internationale”. Pour beaucoup, cela se limite à passer un an ou deux à l’étranger pour ensuite rentrer en France. Dans ce cas un LLM est souvent un bon moyen d’y arriver mais ce n’est pas le seul. Beaucoup de cabinets proposent des échanges et les grandes entreprises ont souvent des programmes de mobilité internationale pour leurs meilleurs juristes.

Si en revanche vous entendez par là s’établir de manière durable à l’étranger et notamment aux Etats-Unis ou dans les pays du common law, il me semble qu’il est plus pertinent d’envisager de faire un JD (Juris Doctor). Il est important de noter que certaines universités françaises proposent des doubles programmes JD-Maîtrise en partenariat avec des universités américaines de renom.

Au-delà de l’expérience humaine qui est particulièrement enrichissante, il me semble que les LLM permettent avant tout, sur le plan professionnel, d’obtenir auprès de certains cabinets d’avoir une première expérience courte (6 mois à un an) aux Etats-Unis avant de venir poursuivre sa collaboration dans les bureaux parisiens de ces mêmes cabinets. Certains de mes amis qui ont suivi les doubles formations avec le JD ont ainsi pu être assimilés aux étudiants américains et font aujourd’hui carrière aux Etats-Unis, rares sont deux qui ont pu le faire en sortant de LLM mais il y a évidemment des exceptions. Il faut reconnaître qu’il est difficile pour un avocat français, sauf à avoir suivi des études approfondies (type JD) en Angleterre ou aux Etats-Unis, de s’exporter pour devenir un avocat dans le monde anglo-saxon. Un avocat qui fait l’ensemble de ses études de droit à Londres ou à New York pourra ainsi beaucoup plus facilement s’exporter dans la plupart des pays du monde.

Un LLM seul n’est donc pas un ticket pour travailler partout dans le monde et n’est donc pas, tout comme les doubles diplômes, une fin en soi ou un pré-requis absolu. Néanmoins, si vous avez l’opportunité de faire un LLM, cela constituera sûrement une expérience enrichissante. J’ajouterais à ce titre que compte tenu de la diversité d’origine des étudiants dans les LLM et compte du fait que la plupart d’entre eux font carrière ensuite dans leurs pays d’origine, le fait de faire un LLM apporte généralement un plus aux étudiants en terme d’ouverture d’esprit et de réseau à l’international, toujours utile lors que l’on travaille sur des opérations cross-border.

– Croyez vous que la formation théorique seule, en université ou en école, est de nature à décider d’une orientation professionnelle ?

Un enseignement purement théorique est un peu absurde. La constitution d’une solide base théorique est certes nécessaire pour devenir un juriste chevronné, mais il est indispensable que la formation (et plus tard les stages) soit également tournée vers la pratique. C’est d’ailleurs me semble-t-il le sens que prennent la plupart des écoles et universités en invitant de plus en plus de praticiens à enseigner ou participer à des modules d’enseigner pour nourrir cette dialectique théorie/pratique dans les formations.

– Quelles ont été vos expériences professionelles avant d’entrer au cabinet Darrois Villey puis votre parcours après avoir intégré le cabinet ?

Dans le cadre de ma formation à HEC, puis à Sciences-Po j’ai fait de nombreux stages dans des domaines très variés :  dans un incubateur de startup, à l’ambassade de France à New York, chez un trader… puis j’ai fait un stage chez Darrois qui s’est révélé fondateur.

A l’issue de mon stage j’ai été embauché comme collaborateur. Ensuite, après cinq années en tant que collaborateur, j’ai eu l’opportunité de partir travailler à New York pendant un an et demi au sein notre cabinet partenaire Wachtell Lipton. A mon retour des Etats-Unis, j’ai poursuivi mon parcours et suis devenu associé deux ans plus tard.

Je retiens de mon parcours que les stages sont très importants, et peuvent constituer une excellente voie pour entrer dans la profession et déterminer le mode d’exercice qui nous correspond le plus.

Success-Interview

– Le Cabinet Darrois est-il une bonne option pour travailler à l’étranger ?

L’avantage d’un cabinet indépendant comme le nôtre est d’avoir beaucoup de partenaires de très grande qualité un peu partout dans le monde. On propose généralement aux collaborateurs ayant un minimum d’ancienneté de vivre une expérience professionnelle à l’étranger.

Nous avons ainsi un programme d’échange de collaborateurs annuel avec Wachtell Lipton mais il nous est également arrivé de proposer des échanges à Londres ou en Italie.

En outre et même si cela n’est pas « travailler à l’étranger » il faut garder à l’esprit que notre activité au quotidien est de plus en plus axée sur les opérations et contentieux internationaux. Nous travaillons donc quotidiennement avec les meilleurs cabinets de très nombreux pays et c’est particulièrement stimulant. Aussi paradoxal que cela puisse paraître mes associés venant de cabinet mondiaux ont réalisé qu’ils travaillent beaucoup plus à l’international depuis qu’ils sont chez nous que dans leur précédent cabinet.

Nous sommes donc un cabinet résolument tourné et ouvert sur l’international.

– Quelles sont les qualités qui font la différence dans le recrutement d’un collaborateur ?
C’est une question toujours difficile et personne ne recrute « en cochant des cases ». Il y a évidemment l’excellence technique, mais au-delà ce qui est important c’est de trouver des candidats avec qui on a envie de travailler, qui s’intègrent dans une philosophie de cabinet. C’est une histoire d’affinités.

Nous recrutons quasi-exclusivement nos jeunes collaborateurs après le stage justement parce que c’est confronté aux dossiers que nous sommes le mieux à même d’apprécier comment un étudiant réfléchi, se comporte avec les équipes et parfois avec les clients. Nous sommes connus pour être un cabinet où tout le monde est très impliqué, des associés les plus seniors jusqu’aux stagiaires. Cela est généralement une formidable opportunité pour les stagiaires d’avoir un rôle de quasi-collaborateur sur certains dossiers et il devient alors assez facile de savoir si nous voulons les recruter.

– Quels conseils donneriez-vous à un étudiant en sortie d’étude ou à un jeune élève-avocat qui souhaite s’orienter vers une carrière internationale ?

Mon principal conseil est de multiplier les expériences tant en France qu’à l’étranger, que celasoit dans des banques, des fonds d’investissements, des cabinets, les juridictions, les AAI, les ONG… tout cela en fonction de vos affinités (les choix personnels sont très importants). Il va se soit que les études à l’étranger sont également un moyen de s’ouvrir aux autres droits. Que ce soit dans les JD/LLM dont nous parlions tout à l’heure ou tout simplement dans le cadre d’échanges universitaires.

Ensuite quant au choix des cabinets je pense qu’il ne faut pas être victime des diktats. Il faut avant tout, grâce aux expériences multiples, réussir à déterminer dans quel profil de cabinetvous souhaitez travailler et vous épanouir, ce qui est également une question très personnelle. Encore une fois, être dans un cabinet parisien indépendant n’est pas incompatible, loin de là, avec le fait de pouvoir travailler régulièrement sur des opérations internationales parmi les plus complexes.

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