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LPJ1 / Rendez-vous avec Bernard Kouchner


Le Petit Juriste : Monsieur le ministre, merci de recevoir Le Petit Juriste pour ce premier numéro historique ! Les étudiants des universités Paris I et Paris II seront ravis de connaître votre point de vue sur divers sujets touchant au droit international.



LPJ : Actualité oblige, c’est la crise financière internationale qui fera l’objet de notre première question. Quels sont actuellement les chantiers en cours pour rassurer les marchés financiers ?

Bernard Kouchner, Ministre des Affaires Étrangères et Européennes : Il faut distinguer l’urgence et le moyen terme. L’urgence, c’est de restaurer la confiance, de faire repartir la machine financière mondiale, d’éviter que la crise financière ne débouche sur une récession mondiale. La France, qui exerce la présidence de l’Union européenne, a pris les initiatives nécessaires, notamment lors de la réunion de l’Eurogroup à l’Élysée le 5 octobre. Mais il faut aussi agir à plus long terme : revoir les règles de la gouvernance financière mondiale, peser pour un véritable gouvernement économique de l’Europe. C’est un immense chantier qui s’ouvre et qui trouvera sa première concrétisation lors de la réunion des chefs d’État du G20 le 15 novembre prochain à Washington, réunion que la France a suscitée.

LPJ : Quels rôles doivent tenir les institutions communautaires et notamment la BCE par rapport à cette crise ? La régulation des marchés financiers passe-t-elle nécessairement par un assouplissement des critères Maastrichtiens ?

Bernard Kouchner : Franchement, je crois qu’on peut être sincèrement fier de ce qu’a accompli la France, en jouant tout son rôle de Présidente de l’UE ! Mais c’est vrai que cette crise nous amène inévitablement à nous pencher sur le fonctionnement de l’Europe : On voit bien que la solution à la crise n’est pas technique mais qu’elle est politique ; il faut une direction forte, un leadership, une volonté politique que seuls des gouvernements résolus peuvent porter. Vous avez vu comment les institutions européennes ont finalement bien réagi, avec une excellente coordination entre la Présidence française, la Commission, la BCE, l’Eurogroup. C’est encourageant. Quant aux critères de Maastricht, pas de dogmatisme ! Bien sûr qu’il faut réduire l’endettement public, éviter toute résurgence de l’inflation. Mais lorsque la mer est agitée, il faut aussi savoir tenir le cap en l’ajustant : les risques d’une récession européenne, avec son cortège de difficultés sociales, exigent que nous nous donnions tous les moyens d’agir, sans pour autant mettre à néant tous les efforts d’assainissement entrepris depuis des années.

LPJ : Dans un tout autre registre, L’Union pour la méditerranée fondée le 13 juillet dernier, a rassemblé 43 pays riverains autour d’un pacte commun comportant divers projets (dépollution de la méditerranée, autoroute de la mer, énergie solaire…). Dans un futur proche, quelles suites seront données aux accords entérinés lors du sommet de Paris ?

Bernard Kouchner : L’UPM est un grand projet pour l’Europe mais d’abord pour les pays du sud riverains de notre mer commune. On voit bien les défis mais en même temps les promesses de l’UPM. Les questions de migration, de sécurité, d’énergie doivent impérativement être traitées dans le cadre d’un partenariat de grande ampleur. Qui aurait pu penser que le sommet de Paris aurait pu se tenir ? Eh bien, nous l’avons fait, mettant côte à côte des chefs d’État que tout oppose. Alors ne pensons pas que tout va se régler en un jour. Un processus s’est engagé ; il prendra du temps avant de produire ses effets ; à l’Europe de maintenir sa pleine détermination à faire avancer ce projet. C’est en tout cas l’une de mes fiertés d’avoir pu y contribuer.

LPJ : Un des grands enjeux de notre siècle est de prévenir les conflits militaires mondiaux. Les organisations mondiales telles que le Conseil de l’Europe et l’ONU, ont-elles toujours le même impact dans la pacification des « zones sensibles « (Israël et l’Iran ; Les États-Unis et l’Irak ; La Russie et la Géorgie) ?

Bernard Kouchner : Juste un exemple : dès mon arrivée au ministère des affaires étrangères et européennes, j’ai souhaité que la France prenne une initiative forte pour mettre fin aux massacres et aux déplacements de population au Darfour. Nous avons maintenant sur place des soldats chargés d’une opération de maintien de la paix pour le compte de l’ONU, de l’Union africaine et de l’Union européenne. C’est une illustration de ce que peut faire la communauté internationale face à de tels drames. Mais l’ONU n’est pas toujours la solution miracle pour traiter de toutes les crises; cela étant, ce n’est pas une raison pour ne pas travailler à la rendre plus efficace : il faut réformer le conseil de sécurité pour rendre enfin sa composition plus conforme au monde d’aujourd’hui. Vous connaissez aussi mon attachement à la responsabilité de protéger, ce que j’appelais naguère le droit d’ingérence. Je voudrais aussi mentionner l’importance que j’attache à la justice pénale internationale et à la lutte contre l’impunité.

LPJ : La France est présidente de l’Union Européenne depuis plus de trois mois. Comment se servir du temps qui reste pour donner une impulsion positive à l’avenir politique de l’Europe ?

Bernard Kouchner : Nous sommes au milieu de notre présidence. Regardez ce qui a déjà été accompli, en Géorgie avec la médiation conduite par le Président Sarkozy, dans la crise financière, dans tous les dossiers de fond qui ont enregistré d’importants progrès. Pour n’en citer qu’un seul, je mentionnerais l’adoption il y a quelques jours du pacte européen sur l’immigration. Pour la première fois, nous dotons l’Europe des éléments d’une politique coordonnée sur un sujet aussi sensible que celui de l’immigration et de l’asile. Mais notre programme de travail est encore considérable, par exemple sur tout le volet énergie/ climat. Nous exercerons nos responsabilités jusqu’à la dernière heure de notre présidence, le 31 décembre à minuit ! Permettez moi de saluer la création du « Petit Juriste », de me réjouir de cette initiative de créer ce journal étudiant. Je vous remercie de m’avoir demandé de contribuer à votre premier numéro. Longue vie au « Petit Juriste » !

Bernard Kouchner

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