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Quand la finance trépasse, la micro finance passe…

 

 

La Finance mise à mal par la crise

 

 

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le Dieu Finance faisait pleinement ce que l’on attendait de lui. Les traders avaient le droit à des bonus conséquents, les actionnaires étaient satisfaits. La caricature est aisée, certes…mais la vérité n’est pas loin.

 

Mais le 15 septembre 2008, c’est le drame : tout s’effondre. Lehmann Brother est en faillite. Rien ne va plus. C’est l’élément révélateur de la sombre période dans laquelle se trouve alors plongé notre vaste monde depuis la crise financière initiée en 2007 et qui a encore cours aujourd’hui. On connaît la suite de l’histoire…Crise systémique, mise en difficulté de plusieurs Etat, chute des cours des marchés boursiers, récessions…

 

Triste constat : « Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. — Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? ». 1. Les écrits de Nietzsche sont décidément emplis d’universalité et d’actualité.

 

Le Dieu finance n’est plus… N’est plus la source fondamentale de nos références et codes. La mort de Dieu est une manière de dire que l’être humain n’est plus capable de croire en un pareil ordre économique et financier, par le simple fait qu’il ne pense plus que cet ordre est même possible. Cette mort de Dieu va mener au rejet de la croyance en un tel ordre. Et si la mort de Dieu libérait l’homme ? Et si l’abandon de la croyance en Dieu ouvre la voie à la créativité humaine, révélant de nouveaux chemins d’accès vers l’expression de son potentiel ?

 

L’admission du fait que « Dieu est mort » est semblable à une toile blanche : l’homme n’est plus désormais « peint », c’est désormais à l’homme lui-même de devenir le peintre.

 

Que faire de cette toile blanche désormais?

 

 

La micro finance a su tirer son épingle du jeu.

 

 

Cette toile blanche est une formidable opportunité. C’est là que la micro finance intervient.

 

Une définition s’impose. La micro finance consiste en l’ensemble des services financiers destinés aux populations pauvres. Ces services incluent le microcrédit, la micro-épargne mais aussi les transferts nationaux et internationaux ou encore la micro-assurance.

 

Le micro crédit, justement, parlons en.

 

L’activité de microcrédit consiste généralement en l’octroi de prêts de faibles montants à des entrepreneurs qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques et sont ainsi exclus de ce système bancaire étant, faute de garanties suffisantes, considérés comme trop risqués. Le microcrédit, dont on trouve des antécédents dans la pratique de prêt sur gage à taux faibles ou nuls des Monts de Piété, ou encore des tontines, se développe surtout dans les pays en développement, où il permet de concrétiser des microprojets favorisant ainsi l’activité et la création de richesse mais il se pratique tout autant dans les pays développés ou en transition qui eux aussi ne sont pas épargnés par la pauvreté. C’est donc véritablement un concept au retentissement universel. Pour preuve de ce succès, les Nations unies ont même décrété 2005 l’Année internationale du microcrédit. Le mouvement ne s’arrête pas là. Le 13 octobre 2006, la mise en place et le développement à grande échelle de ce système ont été récompensés par le prix Nobel de la paix attribué conjointement au Bangladeshi Muhammad Yunus et à la banque qu’il a créée, la Grameen Bank qui aura à elle seule accordé environ 3 milliards d’euros de crédits à plus de 2,4 millions d’emprunteurs Ce professeur d’économie n’a eu de cesse au cours des trente dernières années de développer un système de micro crédit pérenne et efficace. Tout commence lors d’une séance de travaux pratiques en cours d’investissement. Muhammad Yunus propose à ses étudiants d’interroger les fabricants de tabourets en bambou des plus proches villages. Les 42 femmes artisans ont besoin de 27 dollars au total pour développer leur activité. Or toutes les banques refusent de financer ce trop faible montant à des clients a priori insolvables. Yunus décide alors tout simplement de prêter lui même la somme. En permettant aux producteurs d’acheter d’avance le bambou sans subir les variations importantes de prix, ils réussissent à créer des emplois et à rembourser intégralement le prêt consenti.

 

 

 

 

Il est intéressant de noter que l’on observe une évolution du système de microcrédit, lequel se calque quant à la méthodologie de plus en plus sur les produits bancaires classiques. Ainsi, le micro crédit prend la forme d’un produit individuel et flexible alors qu’à l’origine il s’agissait plutôt de promouvoir l’idée d’un crédit collectif, utilisant les mécanismes d’épargne locale et de caution solidaire et la supervision des pairs pour couvrir le risque de crédit.

 

La Banque mondiale recense aujourd’hui pas moins de 10 000 institutions de microfinance dans 85 pays, au service de 130 millions de personnes pour un encours de 30 milliards d’euro. En novembre 2002, a eu lieu un sommet à New York sur ce sujet qui a rassemblé 2000 délégués de plus de 100 pays.

 

Les institutions proposant des microcrédits foisonnent aujourd’hui. Il faudrait presque recourir à une énumération à la Prévert. Ainsi, en Asie et en Afrique, c’est le centre international du Crédit mutuel, qui œuvre en créant et organisant des réseaux coopératifs de microfinance. Jacques Attali lui-même a créé sa propre organisation : « Planet finance » qui propose des services d’assistance technique, de notation et de financement à l’ensemble des acteurs de la microfinance. En France, l’ADIE (Association pour le droit à l’initiative économique) est l’interlocuteur privilégié en matière de microcrédit avec une moyenne de 11 500 microcrédits délivrés par an à des créateurs d’entreprises qui jusqu’alors étaient au chômage ou bénéficiaires des minima sociaux. En Belgique, il existe deux institutions principales : le Fonds de participation et la coopérative Crédal. Même la Suisse compte des institutions de microcrédit au rang desquels on peut citer la fondation Microcrédit Solidaire Suisse.

 

 

Quid pour l’avenir?

 

 

Le phénomène semble donc bien perdurer. « Le microcrédit s’est révélé une arme efficace contre la misère et la faim » affirmait Kofi Annan dans son discours en 2005 lors du lancement de l’année du microcrédit par les Nations Unies. Il ne faudrait pas que cette arme soit délaissée. Et c’est pourtant le risque. D’aucuns parlent de « potion magique », d’effet de mode ». Certes, le microcrédit est peut-être une notion à la mode, les différentes organisations internationales communiquent peut-être un peu trop sur cette notion sans doute au mépris d’autres concepts et systèmes, le Prix Nobel de la Paix à été attribué à l’un de ses initiateurs, en bref le micro crédit se démocratise tout simple. De là à être victime de son succès, il n’y a qu’un pas…Et c’est ce pas qu’il faut aujourd’hui éviter de franchir. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que la micro finance n’est peut-être pas capable de façon structurelle de résoudre la pauvreté dans le monde, mais c’est tout de même un formidable outil. Il convient simplement de se réjouir de la reconnaissance de la portée d’un tel système. Changer de paradigme ? A quoi bon et pour quoi faire dans la mesure où celui-ci est efficace. A vouloir trop avoir, l’on perd tout…

 

 

La micro finance au secours de la finance : une complémentarité évidente

 

 

Alors que nous sommes en plein débat pour un capitalisme plus moral, pour un développement économique plus juste, le microcrédit et la micro finance sont de formidables instruments afin de réaliser l’harmonie internationale d’un développement économique soucieux de tous. La finance est peut-être mise à mal par la crise actuelle, laquelle n’est sans doute pas bénéfique, mais au moins d’autres systèmes complémentaires tel le micro crédit auront vu le jour… Le malheur des uns fait le bonheur des autres, c’est bien connu !

 

Au-delà du simple aspect financier, le micro crédit et la microfinance sont des solutions pour permettre le développement. Et c’est peut-être en cela que résident leur plus grande force. En effet, là où finalement la finance à échouer (même s’il est vrai que son but premier n’est pas le développement autre qu’économique), la micro finance est en passe de réussir en ce sens qu’elle permet d’aider au Développement, en ce sens qu’elle est un outil de développement extrêmement prometteur. Elle joue un rôle clé dans la lutte contre la pauvreté, l’amélioration des conditions de santé et d’éducation des populations, dans l’instauration de la paix2 et surtout dans l’émancipation de la femme qui reste l’un des enjeux majeurs dans les pays en développement. A n’en pas douter, on ne saurait en rester là…

 

La seule chose qu’il serait souhaitable, c’est outre la démocratisation et la propagation de cet instrument, de le lier à d’autres mécanismes d’aides au développement, cet outil étant plus complémentaire que suffisant et substituable à un autre. Là réside peut-être la faille…

 

 

Eugénie Amri

 

 

Notes

[1] : Le Gai Savoir, Livre troisième, 125

 

[2] :Le comité suédois du Nobel qui a attribué le Prix Nobel de la Paix à Muhammed Yunus a estimé qu' »une paix durable ne pouvait être obtenue sans qu’une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté », reconnaissant officiellement par là même le rôle éminent du microcrédit comme facteur de paix dans le monde.

 

 

 


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