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Que reste t-il de l'Union pour la Méditerranée?

Que reste t-il de l'Union pour la Méditerranée?


 

L’Union pour la Méditerranée annonçait un nouvel instrument de coopération entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens, s’inscrivant dans la relance de la Politique Européenne de Voisinage en Méditerranée. Événement diplomatique sous la présidence française du Conseil européen en juillet 2008, l’Union pour la Méditerranée traverse en réalité depuis sa naissance des bouleversements politiques qui compromettent fortement toute ambition future.

« Je veux être le Président d’une France qui fera comprendre à l’Europe que son avenir, son destin même, se trouve en Méditerranée » [1] sont les paroles qui résument à elles seules la grande ambition du Président français Nicolas Sarkozy de vouloir redonner un nouveau souffle aux actuels partenariats avec la Méditerranée. L’UPM a été l’un des plus importants évènements diplomatiques de l’année 2008. Lancée officiellement lors de la Présidence française du Conseil européen le 13 juillet 2008  [2], elle a réuni quarante trois chefs d’États et de gouvernements (et une organisation internationale : la Ligue Arabe) des deux rives de la Méditerranée : les vingt sept États membres de l’Union européenne, les douze États membres du Partenariat Euro-Méditerranéen et quatre autres États hors Union européenne (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Monténégro, Monaco) également riverains de la Méditerranée.

Ainsi, sous le dôme du Grand Palais, ces États ont scellé leurs accords pour faire naître une Union dite de projets, capable de garantir un foyer de paix et de solidarité, de stabilité et de sécurité, autour d’une mer commune, la Grande Bleue.

Initialement, six projets avaient été fixés dans l’agenda : dé-pollution de la Méditerranée, autoroutes de la mer et autoroutes terrestres ; protection civile ; plan solaire méditerranéen ; enseignement supérieur et recherche, université euro-méditerranéenne ; initiative méditerranéenne de développement des entreprises. Partant d’un bilan mitigé d’EuroMed, l’Union pour la Méditerranée a été élaborée pour faire face aux failles du Processus de Barcelone et ainsi relancer la politique de voisinage du bassin méditerranéen. Ce nouveau projet a pour vocation de compléter et ajouter une dynamique plus générale en portant son attention sur des thématiques politiques, économiques, environnementales et de sécurité collective.

 


 
 

I.   L’Union pour la Méditerranée ou la relance de la politique méditerranéenne de l’Europe

 

De prime abord, l’impulsion française dans le lancement de l’Union pour la Méditerranée ne semblait pas anodine. Renouer le contact avec les États du sud de la Méditerranée, c’était renouer avec son pré-carré international, et se maintenir comme figure médiatrice majeure entre le Nord et le Sud. Elle s’était naturellement imposée comme leader dans la région en incitant constamment au dialogue euro-méditerranéen ; il paraissait dès lors légitime que ce soit elle qui les réactualise à la lumière des changements nombreux dus à l’ère de la mondialisation. Comme pour contrebalancer la « Mitteleuropa » érigée progressivement par l’Allemagne avec les anciens pays d’Europe centrale et orientale (PECO), la France a perpétuellement nourrie « l’idée méditerranéenne ». Mais le projet « élyséen » cher au Président français a rapidement fait l’objet d’un recadrage par Berlin puis Bruxelles, passant d’une Union méditerranéenne (UM) à une Union pour la Méditerranée (UPM) incluant dans ledit partenariat l’ensemble des États membres de l’Union européenne se transformant ainsi en « une zone d’interférence constante et aigüe entre les préférences nationales françaises et l’action collective communautaire» [3].

 

Au travers de l’initiative française, c’est toute l’Europe qui tend à reconstruire des liens solides et pérennes avec le bassin méditerranéen pour ne plus être spectateur de sa faiblesse dans la région lorsque d’autres puissances mondiales pérennisent leur présence. Car la Méditerranée incarne à l’heure actuelle une zone de conquêtes économiques et commerciales, en provenance des quatre coins de la planète ; elle est en outre « un enjeu économique et stratégique majeur pour les États riverains, comme pour les voisins et pour toute puissance à vocation impériale. Du début du XIXe siècle jusqu’à la moitié du XXe, la France et le Royaume-Uni en dominèrent complètement la rive sud. A partir des années 1950, la décolonisation attira d’autres acteurs, en particulier l’URSS et les États-Unis» [4]. Ainsi l’Europe, à travers la France, tente de s’imposer dans la politique du « Grand Jeu », qui désigne communément pour les historiens « la confrontation de l’empire [américain] et de son rival britannique en Asie centrale vers la fin du 19e siècle » [5].

 

Un état des lieux des enjeux de puissance en Méditerranée nous amène à compter trois projets concurrents : le projet américain du Grand Moyen-Orient, the Broader Middle East and North Africa Initiative (BMENA) s’appuie sur des accords bilatéraux commerciaux négociés respectivement avec chaque État partenaire de la région. La Chine est également de plus en plus présente dans la région et se démarque des États-Unis et de l’Union européenne. Elle développe en effet sa politique étrangère sur des relations strictement économiques et commerciales car « tout en poursuivant tranquillement ses intérêts économiques internationaux, la Chine s’efforce d’éviter les confrontations avec les grandes puissances notamment les États-Unis. Il est remarquable que la Chine dans sa politique étrangère ne fasse pas intervenir de projet « civilisationnel » comme ses principaux concurrents. Elle se démarque de ses derniers par son neutralisme politique » [6]. Face à une concurrence aigüe, l’UE doit redoubler d’efforts pour se réapproprier la question méditerranéenne et c’est toute l’ambition de l’UPM. Si le lancement de cette Union a été salué par les politiques des deux rives, les luttes intestines des États membres et les nombreuses divergences politiques rendent toute avancée compromise.

 

UPM_LPJ

 

II.   Luttes intestines et divergences politiques

 

En 2012, quel bilan peut-on tirer du projet? Quelles sont actuellement les perspectives de l’Union pour la Méditerranée? Ce projet, qui avait vocation à fédérer les États autour de thématiques consensuelles et générales, semble laisser vraisemblablement place à une coquille vide en mal d’existence d’une part à cause de sa structure institutionnelle, d’autre part, à cause des évènements politiques semant le trouble au sein de la Méditerranée et du monde arabe.

 

En effet, la non reconnaissance par certains Etats arabes d’Israël présageait d’ores et déja des blocages internes insurmontables. Par ailleurs, le premier différend politique est né suite à l’Opération Plomb Durci menée par l’État israélien dans la Bande de Gaza en janvier 2009, l’Égypte suspendant toute négociation et tout sommet en tant que coprésidente de l’Union aux côtés de la France. La non reconnaissance par certains États arabes d’Israël présageait d’ores et déjà des blocages internes insurmontables. La guerre de janvier 2009 enterrait officieusement l’Union pour la Méditerranée. Depuis, aucun sommet n’a pu avoir lieu malgré les relances diplomatiques nombreuses.

 

En 2011, les obstacles se sont également succédés. Les évènements du « Printemps arabe » ont radicalement bouleversé tant la structure, les ambitions que les protagonistes de l’UPM. Le retard d’action de la France durant les soulèvements populaires et sa proximité avec les anciens dirigeants tunisien et égyptien, Zine El-Abidine Ben Ali et Husni Mubarak auraient-ils définitivement signé la fin de l’Union pour la Méditerranée? L’avenir est clairement incertain et ne promet pas dans les mois qui viennent une relance certaine et solide. L’arrivée de Youssef Amrani au poste de nouveau Secrétaire Général de l’UPM peut encore faire naître l’espoir d’une énième relance. Cette Union devrait jouer un rôle important dans le soutien à la transition démocratique des États Arabes. Il appartiendra par ailleurs aux membres de l’Union pour la Méditerranée d’intégrer une forte participation de la société civile, qui semble actuellement être la seule à croire encore à cet ambitieux projet.

 

Sarah Sameur

 

Pour en savoir plus
 
[1] Extrait du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon , le 7 juillet 2007
[2] http://www.gouvernement.fr/gouvernement/le-projet-d-union-pour-la-mediterranee
 
[3] SCHMID Dorothée, « La dimension méridionale de la présidence de l’Union européenne » Communication présentée au cycle « Quelle présidence française pour quelle Europe? – les enjeux de la présidence française de l’Union européenne », Compte rendu du séminaire de l’IFRI, Bruxelles, Belgique, 24 juin 2008
 
[4] CORM Georges, « Foire d’empoigne autour de la Méditerranée – comment la rive Nord se moque des vraisproblèmes de la rive Sud », le Monde Diplomatique, Paris, n° juillet 2008.
 
[5] SCHMID Dorothée, « L’Europe au Moyen-Orient : une présence en mal de politique », in DE MONTBRIAL Thierry et MOREAU DEFARGES Philippe (dir.), RAMSES 2007 – L’Europe et le monde, Dunod, Paris, IFRI, 2006, pp. 127
 
[6] TROUDI Mohamed Fadhel, Les dessous du jeu chinois au Moyen-Orient, Géostratégiques n°17, septembre 2007,Paris, p. 105

 

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