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L’avenir, ça peut attendre 

L’avenir, ça peut attendre 

 

A 24 ans, Albert D. est jugé pour agression sexuelle. Maladie mentale ou acte prémédité? L’affaire ne laisse pas indifférent au Tribunal correctionnel lillois. 

« On vous écoute Monsieur » déclare la juge. Silence du concerné qui regarde ses pieds. Et puis, finalement, dans un murmure: « moi je veux juste ma peine et sortir. » Albert D. est sorti de prison en janvier. Et il est de retour sur le banc des accusés. Les faits qui lui sont reprochés : au centre sportif Léo-Lagrange à Lille, Albert D. repère une joggeuse et l’agresse sexuellement. Il récidive. Sa victime le reconnaît et Albert D. est arrêté. Un cas de récidive car le prévenu avait été condamné pour des faits similaire en juillet 2013.

« Vous êtes malade, Monsieur, qu’est ce que vous prenez ? » demande la juge avec autorité. Le visage émacié, un tee-shirt trop large qui révèle sa maigreur, le prévenu émet quelques grognements. « On ne vous a pas compris Monsieur. » « Laissez moi tranquille, je veux être dans une cellule. » La magistrate soupire. Dans son dossier, une expertise psychiatrique lourde : « troubles du caractère lié à une mauvaise maitrise de ses pulsions, et comportement sexuel pervers ».

Le jeune homme est sous curatelle. « Vous savez que c’est mal ce que vous faites Monsieur. » Silence de l’intéressé, encore. Hospitalisé en janvier 2015, à sa sortie de prison, Albert a arrêté de prendre ses médicaments. La procureure requiert deux ans d’emprisonnement.  La juge insiste : «  comment voyez-vous votre avenir, Monsieur ? ». Le prévenu jette un coup d’œil furtif sur la magistrate avant de baisser les yeux aussi sec. « L’avenir, ça peut attendre ». Albert D. vient de tenter de se suicider en garde à vue avec son tee-shirt.

Deux séjours en psychiatrie

 « C’est dans ces moments qu’on atteint les limites de la justice, car on a face à nous quelqu’un qui est malade », déclare son avocat. Maitre Lietaert en impose, avec sa barbe fournie, et sa voix rocailleuse. La magistrate lève la tête de son dossier et le regarde attentivement. « Il sort de 18 mois de prison, il a effectué deux séjours en psychiatrie, et la seule chose que j’ai entendue sur lui, c’est allez-y, mettez-lui une peine. » Sur le banc, la victime assiste à la plaidoirie, complètement immobile, le regard absent.

L’avocat interpelle les juges et entre deux mouvements de robe, renvoie le système face à ses contradictions. « Moi ce que je sais, c’est qu’il est malade, et qu’il n’y a pas d’établissement pour le prendre en charge. » Maitre Lietaert désigne son client, «regardez le, il est incapable de faire ses papiers administratifs seuls, il a besoin de quelqu’un pour le prendre en charge. »  Albert D. a été condamné à 18 mois de prison, avec un suivi socio-judiciaire et une obligation de soins. Il sera de plus fiché au fichier des délinquants sexuels. « Au moins, il aura un suivi psychiatrique en prison » confie son avocat, en soupirant.

Juliette Duclos

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