Les mots d’un coach juridique

D’après une étude récente du conseil national des barreaux, près d’un avocat sur cinq finit par quitter la profession. Mais si alarmant que cela puisse paraître, il y a plus saisissant encore : dans les premières années d’exercice, c’est carrément un jeune avocat sur deux qui va quitter la robe !

Cette donnée est révélatrice de la difficulté qu’ont les jeunes confrères à s’épanouir face à des conditions d’exercice de plus en plus stressantes et épuisantes. Pourtant le métier d’avocat est un métier merveilleux, qu’on épouse après de longues années de préparation… Alors voici quelques clés qui permettront peut-être d’éviter le divorce, et de s’épanouir dans cette relation parfois tumultueuse !

Faites-vous plaisir

N’attendez pas de réussir pour être heureux. Cela  vous fera courir après le bonheur sans jamais réussir à le toucher du doigt. Faites-vous plaisir, là, maintenant, et vous libérerez dans votre corps les endorphines, la dopamine et la sérotonine qui vous rendront plus intelligents, plus créatifs, plus productifs. « Passe ton bac d’abord », « Il faut réussir pour être heureux », « Tu seras content quand tu auras atteint cet objectif ». Ces phrases vous disent quelque chose ? Vous pensez peut-être que ce sont des évidences. Spoiler alert : c’est faux. Et ce n’est pas seulement faux parce qu’un coach l’a dit un jour dans un article, c’est juste scientifiquement faux : la réussite ne fait pas le bonheur. Si vous attendez d’atteindre votre objectif pour être heureux, alors vous allez attendre d’être heureux toute votre vie. En revanche, si vous trouvez le moyen d’être heureux aujourd’hui, là, maintenant, alors il se pourrait que vous réussissiez. De nombreuses expériences en psychologie l’ont démontré. Par exemple, des médecins à qui l’on a demandé de poser un diagnostic sur un cas difficile se sont révélés systématiquement plus efficaces que leurs confrères lorsqu’ils étaient placés au préalable dans une salle d’attente spéciale, dans laquelle il y avait des bonbons. C’est tout. Parce qu’il y avait des bonbons, leurs souvenirs d’enfance se sont
activés et avec eux les hormones du bonheur ont commencé à inonder leur système. Du coup, leur diagnostic était plus précis, et ils y parvenaient après avoir lu seulement 20% du dossier… Trouvez l’occasion de sourire, de vous émerveiller, adoptez en toutes circonstances un état d’esprit positif et libérez en vous les hormones du bonheur, votre performance en sera décuplée.

Faites les bons choix

Choisir un métier, une orientation de carrière. Choisir un cabinet, un stage, une spécialité… Ce sont tous les « grands choix » de la vie professionnelle. Le seul problème, c’est que, contrairement à l’idée qu’on s’en fait habituellement, ils ne font pas notre vie. Ce qui fait notre vie, ce sont les dizaines de micro choix que nous faisons tous les jours : le choix de nous habiller comme ci plutôt que comme ça, le choix de parler à telle ou telle personne, de couper l’alerte automatique à chaque réception de mail, de déjeuner au bureau ou à l’extérieur, et surtout, le choix de notre réaction face à ce qui nous arrive. Ce n’est pas que les premiers ne sont pas importants. C’est que les seconds composent notre quotidien, et qu’ils sont au moins aussi importants si ce n’est plus. Car nous avons le choix : nous ne sommes pas obligés de rester en « pilote automatique ». Jusqu’à présent, quand il nous arrivait ceci, nous réagissions comme cela. Mais réagir « à chaud », c’est un peu comme commander à manger l’estomac vide : on a toujours les yeux plus gros que le ventre… et au final la réaction est disproportionnée. Vous voulez changer la couleur de votre journée ? Quoi qu’il vous arrive, prenez quelques secondes pour vous demander ce que cela vous fait, et quelle réaction serait la plus appropriée. C’est l’éternelle histoire du verre à moitié plein. Vous pouvez choisir de voir les choses sous un angle négatif, et alors vous vous sentirez pris au piège. Ou alors vous pouvez voir dans chaque difficulté une nouvelle occasion d’apprendre, vous pouvez remarquer l’originalité des personnalités qui vous entourent, même si votre boss est un pervers narcissique (exemple pris parfaitement au hasard). En bref, vous n’êtes pas responsable de ce qui vous arrive, mais vous êtes responsable de ce que vous en faîtes. Alors choisissez d’en faire quelque chose d’épanouissant pour vous.

Mettez-vous en colère

Ou du moins, acceptez de ressentir des émotions négatives… En effet, il y a des moments où cela est trop difficile de voir le verre à moitié plein. Voire impossible. À certains moments de la vie, on a ce qu’on appelle des « coups durs ». Alors quand ça ne va pas, il faut être capable de le reconnaître, et de l’accepter, parce que c’est humain. Seules deux catégories de personnes ne ressentent jamais d’émotions négatives : les psychopathes, et les personnes décédées. Donc la prochaine fois que vous ressentirez de la colère, de la peur, ou n’importe quelle difficulté qui se logera au creux de votre estomac, ditesvous la chose suivante : cela veut dire que vous êtes vivant, et que vous n’êtes pas un psychopathe ! En combattant vos émotions négatives, vous ne faites que les renforcer. Avec le temps, vous allez vous transformer en cocotte minute et vous finirez par exploser au moment le moins opportun, et les conséquences seront parfois irréversibles. Au contraire, acceptez que de telles émotions puissent arriver, trouvez un moyen de les exprimer sans vous mettre en danger (chez votre coach par exemple) et elles repartiront d’elles-mêmes.

Prenez votre temps

Ce qui fait le stress du métier d’avocat, c’est l’urgence… Quand on est avocat, on est constamment dans l’urgence, on doit se rendre disponible, et on doit tout faire en même temps : répondre aux mails, au téléphone, rédiger, plaider, etc. Le rythme est infernal, et en plus on nous dit en permanence qu’il faut se « sur investir ».  Cliniquement, le surmenage est défini comme le fait du subir les répercussions d’un événement passé en même temps que l’anticipation d’un événement futur. Vous avez déjà essayé d’écouter vos deux morceaux de musique préférés en même temps ? Vous n’entendrez que du bruit. La solution est simple :  faites une seule chose à la fois. Quand vous êtes sur une tâche, soyez à 100% à ce que vous faîtes sans penser à ce qui vous attend ensuite ou ce qui s’est passé avant. Souvenez-vous de Maître Ooway dans Kung Fu Panda : « Hier c’est l’histoire, demain est un mystère, aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle le présent ». Ne laissez pas les autres voler votre temps. Vous saviez que vous perdez en moyenne 10 points de QI quand vous êtes interrompu dans une tâche par un mail ou un coup de téléphone ? C’est l’équivalent de ce qu’on perd quand on ne dort pas pendant 36 heures d’affilées ! Je ne sais pas pour vous, mais moi je ne peux pas faire l’économie de 10 points de QI… Trouvez un moyen de bloquer ces interruptions d’une manière qui soit acceptable pour vous et votre entourage. Certains de mes clients ont par exemple choisi de rajouter cette petite phrase sous leur signature électronique : « pour des raisons d’efficacité professionnelle, je consulte mes mails régulièrement. En cas d’urgence, vous pouvez me joindre au 06… », et ont désactivé l’arrivage automatique des emails, qu’ils consultent seulement quand ils l’ont décidé.

Donnez du sens

Ce n’est un secret pour personne : si ce que vous faites n’a pas de sens pour vous, il va vous falloir une dose immense d’abnégation pour vous lever le matin. A terme, vous passez tout simplement à côté de votre vie. Alors ce dernier conseil, peut-être même plus que les autres, est quelque chose que vous devez garder à l’esprit en permanence : donnez du sens à ce qui compose vos journées. Demandez-vous ce que cela signifie, pour vous, d’exercer le métier d’avocat. En quoi cela vous permet-il d’exprimer votre talent, votre sens de l’écoute, votre empathie, votre expertise… What else ? La tendance est à se focaliser sur ses points faibles, sur ce qui ne va pas. C’est l’histoire du petit lapin qui, le premier jour d’école, assiste avec délectation au cours « courir et sauter ». Il est le meilleur de sa classe. Le soir, il raconte fièrement sa journée à ses parents et conclue par un « j’adore l’école ! ». Sauf que, le lendemain, le cours c’est « plonger et nager ». Il manque de se noyer trois ou quatre fois et rentre chez lui épuisé, en larmes et jure qu’il n’y mettra plus jamais les pieds (les pattes en l’occurrence). Mais ses parents l’encouragent à persévérer. Le jour qui suit : « grimper aux arbres ». Là, au bord de la dépression, le lapin supplie ses parents de ne pas le renvoyer à l’école. Réponse des parents : non seulement tu vas y retourner, mais tu ne vas plus suivre le cours « courir et sauter » parce que visiblement tu n’as rien à apprendre dans ce domaine. Triste non ? Et pourtant, tout notre système éducatif est basé sur cette façon de faire : à l’école, on nous enseigne généralement qu’il faut travailler ses faiblesses, pas ses points forts. Sur la copie d’examen, on ne note que ce qui ne va pas. Pas étonnant qu’il y ait autant de violence psychologique autour de nous. Donner du sens, c’est au contraire se concentrer sur ce qu’il y a de meilleur en nous, et le cultiver, au jour le jour.

Michaël Bernard Coac

 MICHAËL BERNARD

Coach pour avocats, spécialiste de la qualité de vie au travail, Michaël Bernard est membre de la Commission Qualité de Vie de l’Ordre des Avocats de Paris et du réseau européen de psychologie positive. Cet ancien juriste en cabinets d’avocats, enseignantchercheur en droit public, a choisi de se reconvertir au coaching après avoir fait l’expérience du stress et des difficultés liées à l’exercice du métier d’avocat. Formé à HEC Paris, il dirige depuis 2012 le premier cabinet de coaching dédié exclusivement aux avocats et intervient régulièrement pour le Barreau de Paris et pour l’EFB sur ses deux ateliers les plus demandés : « Les 10 points clé de la Qualité de Vie » et « Equilibre vie professionnelle / vie personnelle ». Vous pouvez retrouver son blog : www.mbernard.fr où il publie régulièrement des articles sur le coaching en général et le coaching pour avocats en particulier.

 

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