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Le métier d’avocat pénaliste vu par Henri Leclerc

Le métier d’avocat pénaliste vu par Henri Leclerc

 

Maître Henri Leclerc, était l’invité d’une master class sur ‘’la profession d’avocat pénaliste’’ organisée par la revue Le Petit Juriste et le site internet Regard d’étudiants. Au cours de cet événement, ce ténor du barreau, haut de soixante années d’expérience et président d’honneur à la ligue des droits de l’Homme, a pu répondre à nos questions. Entre souvenirs anecdotiques, sagesse et pédagogie, voici un retour sur ce que nous avons retenu de cette rencontre.

Maître Leclerc le confesse, chez lui le droit n’était pas une vocation.

Il va même jusqu’à dire que ce sont davantage les circonstances qui l’ont conduit sur les bancs de la Sorbonne. Cela dit, porter la robe lui est apparu comme une évidence, et c’est à 21 ans qu’il devient avocat après avoir eu sa licence et passé le concours du Crfpa. Il débute sa carrière en tant que clerc d’avoué et son engouement pour la matière pénale lui vient progressivement. Son intérêt qui va par la suite devenir une passion ne l’empêche pas d’explorer divers pans du droit : droit des assurances, expropriation, droit rural, droit de la presse… S’il est possible de se spécialiser en droit pénal par catégorie législative : droit pénal fiscal, droit pénal de l’environnement, droit pénal financier. Il est aussi possible de choisir d’exercer le droit pénal criminel de façon plus large et d’exercer comme Maître Leclerc, la profession d’avocat pénaliste généraliste. L’exercice de cette profession exige deux qualités inhérentes à quiconque souhaitant être un pénaliste généraliste compétent : il faut être un bon procédurier et maîtriser aussi la matière civile. Il est nécessaire pour ceux qui désirent continuer en matière pénale, de ne pas négliger les autres matières, afin de pouvoir de travailler avec profondeur.

‘’Ceux qui veulent vraiment devenir pénalistes y arrivent toujours’’

Le métier d’avocat pénaliste est un métier difficile pour ceux qui l’exercent sérieusement. Autrement dit, il est possible selon son ambition personnelle, de se retrouver face à la difficulté ou non. Maître Leclerc recommande aux avocats en début de carrière de trouver une collaboration dans un cabinet d’avocats pénaliste. Pour un pénaliste généraliste, se faire une place n’est pas évident, surtout à Paris. Cependant il ne faut pas hésiter à se faire connaître, à aller régulièrement dans les prisons, à avoir des contacts avec ses confrères afin de se créer une réputation. De plus, il est essentiel de ne pas craindre la difficulté.

Si la justice correctionnelle est souvent considérée comme ‘’une justice d’abatage’’, Maître Leclerc insiste sur son caractère formateur : c’est à la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris qu’il a appris son métier entre comparutions immédiates et délinquance quotidienne. La justice correctionnelle est riche d’enseignements : la prise de décision rapide, l’apprentissage de la procédure, la mise en place de techniques de défense. L’avocat n’a qu’une problématique en tête : ‘’ comment puis-je faire changer les magistrats de position ?’’.

Henri Leclerc pose un constat : l’instruction est inéluctablement à charge et cela relève du travail de l’avocat pénaliste d’équilibrer la balance. Il invite à lire le dossier avec minutie en partant du postulat que le client est innocent. Les objectifs étant d’éviter l’erreur judiciaire, et de construire la logique de défense avec un esprit critique.

‘’Les affaires les plus passionnantes, ce sont celles du moment’’

Dans les affaires très médiatisées, il arrive que l’avocat et l’accusé se retrouvent seuls face à des médias et une opinion publique hostiles. L’avocat se fait alors le seul écho de son client vers la liberté et c’est une lourde responsabilité que d’avoir à faire entendre la voix de ceux qui sont méprisés, le plus souvent haïs par le plus grand nombre. Cependant, le critère médiatique n’éclaire pas sur la question de savoir quelles affaires auront le plus marqué l’avocat.

L’avocat pénaliste lorsqu’il défend le pire doit avant tout comprendre. Du moins, c’est ainsi que l’avocat des affaires Véronique Courjeault ou Richard Roman l’entend. Si chacun à son critère de sélection quant à aux affaires qu’il refuse ou accepte, Maître Leclerc l’envisage ainsi : Il doit être capable de mettre des mots sur les faits. Ainsi, durant la guerre d’Algérie, il est commis d’office pour deux tueurs de l’OAS (organisation de l’armée secrète). S’il refuse d’en défendre un qui tiendra des propos racistes, inacceptables pour l’avocat ; il accepte de défendre l’autre car il comprend ce qu’il l’a conduit à réaliser cela.

Le paradoxe du comédien

Selon Diderot, il y a deux types de comédiens : celui qui ne s’engage pas personnellement lorsqu’il interprète un rôle et celui joue avec son âme laissant le personnage investir ses émotions. Si pour Diderot, le comédien idéal relève de la première catégorie, Henri Leclerc n’en fait pas partie. Il est de ceux qui s’engagent avec leur sensibilité dans la crainte, parfois secrète, d’être submergé par les émotions et de perdre leur lucidité. À l’opposé, son confrère et ami, Maître René Floriot, avocat talentueux ayant notamment défendu George Pompidou dans l’affaire Mercury, faisait partie de la première catégorie de comédien. L’emprise d’une affaire sur l’intime et sur les émotions étant relative à la sensibilité de chacun.

Si Maître Leclerc regrette un recul trop grand de la parole dans le cadre du procès civil, l’oralité des débats en matière pénale a conservé sa place essentielle : ‘’ les procureurs requièrent et les avocats plaident’’. Cependant, son œil vigilant nous met en garde.  Attention à l’absence de certains acteurs du procès : policiers, experts, personnes dangereuses, qui sont entendus par le billet de la vidéo-conférence. La parole reste la confrontation entre deux hommes, elle est fondamentale et essentielle.

Militant dès 1969 pour la nécessité de la présence de l’avocat en garde à vue, Maître Leclerc se veut être un homme d’engagements. Ainsi, il a milité pour la suppression du juge d’instruction, sur la nécessité pour la défense d’avoir connaissance du dossier d’enquête préliminaire et il insiste sur l’importance de continuer à développer le principe du contradictoire.

 

Kelsey KALLOT

Retrouvez la vidéo de l’intervention d’Henry Leclers sur le site Regards d’étudiants

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