La tradition de la Chaupadi au Népal : une pratique inhumaine et illicite

Pratiquée au Népal, la Chaupadi est une tradition religieuse d’origine hindouiste qui consiste à exclure les femmes de la société et de leur famille durant la période de leurs menstruations. Isolées, contraintes de quitter leur maison et de se réfugier dans des abris de fortune, les drames sont fréquents.

La Cour Suprême Népalaise en 2005, puis la loi en 2017 ont interdit cette pratique. Cependant cette interdiction n’est que peu respectée dans un pays où la tradition et la religion sont plus importantes que la loi. De nombreuses familles népalaises obligent encore les femmes à se soumettre à cette tradition à l’encontre de leur santé et des droits de l’Homme.

L’exil menstruel forcé des femmes népalaises

La pratique de la Chaupadi vient de la religion hindouiste et signifie « intouchable ». Pendant la période des menstruations, le sang des femmes est considéré comme impur, la femme devient alors un être intouchable aux yeux des autres. Considérées comme telles, les filles et les femmes népalaises sont bannies de leurs foyers et de la société. Les femmes népalaises doivent alors se réfugier le temps des règles, seules et isolées, dans des petites cabanes en terre, des huttes au toit de chaume, appelées des goths, qui sont situées à minimum 20 mètres du domicile familial.

Dès leurs premiers cycles menstruels, souvent au début de l’adolescence vers l’âge de 13 ans, et à chaque période de menstruation, les femmes sont exclues et ne peuvent interagir avec le reste de la société. Elles ne peuvent ni aller à l’école, ni travailler, ni rester dans leur maison. Cette tradition, fortement ancrée dans les mœurs et communément appliquée dans certaines régions népalaises, principalement dans les campagnes, impose ce que les femmes peuvent boire, ce qu’elles peuvent toucher, ce qu’elles peuvent manger. Selon cette tradition, celles qui ne respectent pas cet exil social et géographique forcé déclenchent la colère des dieux hindous et le malheur s’abattra alors sur leur famille : les fruits qu’elles touchent pourriront, la maladie contaminera leur famille, le bétail périra.

Cette pratique touche également les femmes qui viennent d’accoucher. En effet, le sang étant impur, elles doivent s’isoler pendant les onze jours suivant l’accouchement. Les conséquences peuvent alors être terribles pour les femmes fragiles, dans des conditions hygiéniques précaires, sans aucune protection face aux infections.

Une violation quotidienne des droits des femmes au Népal

Isolées dans des abris rudimentaires, avec un confort et une protection quasi-inexistants, les femmes sont alors particulièrement faibles et vulnérables tant psychologiquement que physiquement face aux animaux sauvages et aux températures glaciales extérieures. Dans de telles conditions, les souffrances sont évidentes et les décès fréquents.

Loin de l’imaginaire collectif occidental du paradis des hippies et de l’Himalaya, cet exil forcé est un reflet de la considération de la femme au Népal, celle d’une société profondément ancrée dans des conceptions patriarcales du rapport homme-femme qui place alors la femme sous domination masculine, passant de l’autorité du père au mari, et qui subit de nombreuses discriminations tout au long de sa vie en raison de son sexe.

Cette pratique viole quotidiennement de très nombreux droits dont sont titulaires chaque être humain dans le monde. Le droit à la vie, l’interdiction des traitements inhumains et dégradants, le droit de vivre dans des conditions décentes, l’interdiction des discriminations en raison du sexe sont autant de droits reconnus par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et qui sont violés à chaque fois qu’une femme souffre, isolée, dans l’un de ces goths au Népal.

En outre, dans la société népalaise, la place du patriarcat et de la religion sont très puissantes. A tel point que, malgré les souffrances, les décès et l’inhumanité de cette pratique, aucune poursuite n’est engagée ni même envisagée par les autorités népalaises, les décès sont simplement constatés. De nombreux décès et injustices restent entièrement impunis. Dès lors, il n’y a pas de coupables, pas de responsables. La violation des droits des femmes népalaises devient alors quotidienne et banalisée sur l’autel de la tradition.

Une pratique qui perdure en dépit des interdictions

Face aux violations des droits de l’Homme engendrées par cette pratique et sous la pression de nombreuses ONG internationales, la Cour Suprême népalaise l’a interdite en 2005 et l’a rendue illicite. Nonobstant l’interdiction, cette pratique a continué d’être appliquée impunément. Un rapport du gouvernement du Népal a indiqué en 2010 que près de 20% des femmes népalaises entre 16 et 49 ans effectuaient encore régulièrement la Chaupadi.

Une loi du 9 août 2017 est alors venue renforcer la décision de 2005 de la Cour suprême du Népal en y apposant une sanction. Désormais, les personnes reconnues coupables de faire pression et d’exclure les femmes du foyer pendant la période de leurs règles encourent une peine de trois mois de prison et une amende de 3 000 roupies, soit 25 euros. Cette sanction peut sembler dérisoire au vu des souffrances engendrées mais il s’agit d’une grande avancée pour le Népal dans le fait de sanctionner légalement une pratique religieuse. Cette loi est applicable depuis le mois d’août 2018.

Cependant, l’application effective de cette loi et sa diffusion jusqu’aux régions népalaises les plus reculées connaissent encore de nombreuses difficultés. Au Népal, pour beaucoup, la loi est moins importante que la religion. Face à cela, la communication et la sensibilisation sont deux leviers nécessaires au changement des mentalités pour mettre fin aux nombreuses injustices engendrées par cette pratique.

QUENTIN COFFIN

Pour en savoir +:

« Au Népal, des femmes forcées à un exil menstruel », Libération, 3 mars 2017, https://www.liberation.fr/planete/2017/03/03/au-nepal-des-femmes-forcees-a-un-exil-menstruel_1552962

 

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