Thibault Druon, substitut du procureur de la République : « Il faut être un bon directeur d’enquête »

Substitut du procureur de la République au tribunal judiciaire de Valenciennes, Thibault Druon, 28 ans, intervient à toutes les étapes du processus judiciaire. En poste depuis six mois, il nous raconte son quotidien de magistrat du parquet.

Je me souviens de la première fois où j’ai présenté mon dossier devant les juges. Très intimidé, je prenais conscience que désormais je devais assumer pleinement ma décision. Il n’y avait plus de maître de stage pour relire et valider mes réquisitions », confie Thibault. Substitut du procureur de la République au tribunal judiciaire de Valenciennes depuis septembre 2019, le jeune homme travaille ainsi aux côtés du procureur de la République, qui lui délègue une partie de ses compétences. Ce magistrat du parquet qui dépend du ministère de la Justice assure diverses missions : direction d’enquête judiciaire, délivrance d’autorisations, préparation et suivi des dossiers, décision d’engager des poursuites…

Suivre au quotidien le travail des enquêteurs

« Lorsqu’une infraction m’est signalée, notamment par les services de police, j’examine le dossier et je décide de classer l’affaire ou de poursuivre la personne mise en cause » explique Thibault. Il coordonne ainsi les actions de la police judiciaire et de la gendarmerie : « Je suis au quotidien le travail des enquêteurs, je délivre des autorisations, je traite des procédures pénales en temps réel… Cela demande une certaine rigueur car il y a beaucoup de dossiers en cours, de contentieux différents. » Le jeune substitut avoue éprouver une certaine satisfaction à la clôture d’une enquête qui peut prendre plusieurs mois.  À ce stade de la procédure, il décidera ou non d’envoyer le dossier au tribunal. Dans l’affirmative, il le présentera ensuite en audience devant les juges et demandera une sanction pénale. Après la condamnation, il devra veiller à l’exécution de la peine.

Des décisions aux conséquences juridiques, sociales et économiques

Au quotidien, Thibault apprécie particulièrement la richesse des relations humaines qu’il entretient avec ses différents interlocuteurs : les policiers, les gendarmes, les juges, les avocats, les justiciables mais aussi les partenaires locaux (mairies, hôpitaux…). « Mon métier est résolument tourné vers autrui. Les nombreuses décisions que je prends au quotidien ont des conséquences juridiques, sociales, économiques et humaines. Il est important de ne pas s’isoler dans cette fonction. On peut d’ailleurs parler d’un vrai esprit d’équipe au parquet. J’aime notamment échanger avec mes collègues plus expérimentés », souligne-t-il.

Les stages représentent 70 % de la formation à l’ENM

Alors étudiant à l’ENM (École nationale de la magistrature), le jeune homme qui assistait à des audiences publiques lors des stages d’immersion en juridiction, restait admiratif à l’époque devant le discours des magistrats : « Cela me donnait envie d’exercer ce métier mais je me disais qu’il y avait beaucoup de travail pour y parvenir », raconte-t-il. Durant les trente et un mois de formation à l’école, Thibault va ainsi enchaîner les stages sur le terrain et se nourrir de toutes ces expériences pour arriver fin prêt en juridiction : « L’ENM dispense une formation très pratique. On nous donne la boîte à outils pour devenir les magistrats de demain », assure le jeune homme.  Les stages représentent en effet 70 % de la formation. Ils sont encadrés par des magistrats, les maîtres de stage, sous la coordination d’un directeur de centre de stage. Les étudiants bénéficient du statut d’auditeurs de justice. Dès leur nomination, ils entrent dans le corps judiciaire et prêtent le serment de garder le secret des actes dont ils auront connaissance. Rémunérés pendant leur formation, ils s’engagent à servir l’État pour une durée minimum de dix ans.

Aux candidats qui souhaiteraient s’inscrire à l’ENM mais qui redoutent de passer le concours très sélectif de l’école, Thibault les encourage à « assister à des audiences publiques avant l’examen et surtout de s’accrocher car ce métier en vaut vraiment la peine ». Parole d’un étudiant qui, à l’issue de son M2 en droit privé et sciences criminelles et un an de classe prépa intégrée à l’ENM, a échoué une première fois au concours. Tout en occupant un poste d’assistant de justice, il s’inscrira une seconde fois et le décrochera.

Séverine Tavennec

Se former au métier de substitut du procureur

Pour exercer ce métier directement après ses études, il faut passer le concours sélectif de l’ENM (École nationale de la magistrature) ouvert aux titulaires d’un master 1 minimum, d’un diplôme d’un IEP (Institut d’études politiques) ou aux élèves de l’École normale supérieure. Le candidat ne doit pas avoir plus de 31 ans. Vous ne pourrez passer le concours qu’à trois reprises. Il comprend des épreuves d’admissibilité et d’admission.

Sachez que la réforme récente des épreuves et des programmes des concours d’accès (actualisation du programme, modification de la durée et des coefficients des épreuves, choix d’options au moment de l’inscription…) sera effective à partir de la session 2020.

La formation de l’ENM dure trente et un mois pendant lesquels vous percevrez une rémunération. Vous alternerez des périodes d’enseignement théorique et des périodes de stage. Suite à l’examen final, un classement est établi par ordre de mérite.

Pour en savoir plus :
École nationale de la magistrature : www.enm.justice.fr

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