Grand oral du CRFPA « Le jury veut voir un professionnel en face de lui »

Laurent Malka, enseignant en note de synthèse, libertés fondamentales et droit public à l’université Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne livre ses conseils pour mettre toutes les chances de votre côté lors du grand oral du CRFPA 2020 et ainsi convaincre le jury.

Quels conseils donneriez-vous aux candidats qui vont passer le grand oral en novembre prochain?

Durant l’été, la majorité des étudiants se concentrent sur la révision des écrits. Ils se disent qu’ils auront bien le temps d’envisager ce grand oral à l’issue des épreuves d’admissibilité. Ils se trompent ! Le délai est court entre les résultats des écrits et le début des oraux. C’est pour cela que je conseille de réviser l’oral à dose homéopathique pendant les écrits.

À quel rythme de travail pensez-vous?

Il me paraît indispensable de consacrer vingt minutes à lire l’actualité, faire le lien avec ses connaissances juridiques et réussir à décrypter quelles sont les libertés en cause. La maîtrise de l’actualité sera une vraie plus-value lors de l’entretien avec le jury du grand oral. On peut enfin finir sa journée de révision en lisant des manuels. Il ne faut pas négliger la théorie générale des libertés. On n’est jamais à l’abri d’une question sur les textes des fondateurs en Grande-Bretagne par exemple.

Quels sujets d’actualité risquent de ­tomber ?

Plusieurs sujets d’actualité sont en ligne de mire : la crise sanitaire et l’établissement d’un nouvel état d’urgence. Il faut particulièrement faire attention au rôle du juge administratif et du Conseil constitutionnel qui demeurent assez ouverts aux atteintes aux libertés fondamentales, eu égard à l’importance de la crise. Un citoyen confiné est plus atteint dans ses libertés qu’un potentiel terroriste assigné à résidence même astreint à domicile. Il y a donc ici toute la question de la liberté de circulation mais aussi les obligations de porter un masque ou non. Il faut voir également à ce sujet les personnes vulnérables dont le traitement a fait l’objet de mesures particulières comme les sans-abris, les détenus, les personnes âgées et handicapées ou les étrangers. L’adaptation de la justice dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire pose aussi beaucoup de question sur les garanties du procès équitable.

L’affaire Mila relance le débat sur le blasphème et la confusion avec une infraction de provocation à la haine raciale et à l’antisémitisme. Puis il y a les classiques qui reviennent continuellement comme la surpopulation carcérale, l’expression des Femen ou encore le droit du père dans le cadre d’un accouchement sous X traitée en janvier 2020 dans une QPC par le Conseil constitutionnel. Je recommande donc vivement jusqu’au jour de l’oral de suivre l’actualité juridique des dernières semaines et de celles à venir.

Comment assurer le jour J ?

Un tel entretien ne s’improvise pas. Il faut certes se préparer sur le fond mais aussi sur la forme. Le grand oral, c’est votre entretien d’embauche ! Le jury veut voir un professionnel en face de lui. Cette prestation oratoire exige notamment de parler avec assurance, conviction, de s’exprimer clairement, de regarder l’ensemble du jury, de ne pas se laisser déstabiliser… Il faut aussi prendre le temps de répondre et surtout d’argumenter, trouver une solution à une réponse.

Propos recueillis par Séverine Tavennec

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.