Pourquoi étudier le droit public ?

Le droit public, comme chacun des lecteurs de ces quelques lignes le sait, régit les relations entre la puissance publique et les individus, ou entre les différents démembrements de la puissance publique. C’est un droit inégalitaire car il met en présence des acteurs différents, mus par des préoccupations différentes et hiérarchisées… La puissance publique s’est vu confier la recherche du bien commun, de l’intérêt général. Cette haute finalité justifie que le droit public apparaisse comme un droit dérogatoire, autonome, qui investit la puissance publique de prérogatives que l’on dit exorbitantes du droit commun. Il serait un droit mobile, alors que le droit privé protège des situations acquises.

Je ne préciserai pas plus les particularités du droit public, puisque nous savons combien la tentative de mettre en lumière des caractères propres aux deux droits est illusoire (cf. Charles Eisenmann, « Droit public, droit privé »,  R.D.P, 1952).

Mais s’il est un lieu où l’utilité de la distinction entre les deux ordres du droit n’est pas contestée, c’est bien celui de l’enseignement. Dans l’Antiquité déjà, Ulpien, dans les Institutes de Justinien, écrivait : « L’étude du droit présente deux aspects : le public et le privé. Le droit public concerne l’État et la République ; le droit privé, l’utilité des particuliers ». Au Moyen Âge, c’est à l’université que l’on distinguait un jus privatio et un jus publicum. Aujourd’hui, ce sont deux sections différentes qui recrutent les universitaires privatistes et publicistes.

L’enseignement du droit, général en premier cycle, suppose, en second cycle, une spécialisation progressive. D’abord en master 1, où l’on choisit – au moins – entre droit public et droit privé, mais surtout en master 2.

Choisir un master en droit public, outre les satisfactions intellectuelles que cela offre du fait de l’étude de notions et concepts prodigieusement intéressants, permet de bénéficier d’enseignements théoriques et pratiques ; souvent de se former à – et par – la recherche ; d’acquérir des connaissances et de maîtriser des techniques, notamment contentieuses, dans la perspective de rejoindre des professions et carrières très diverses, beaucoup moins figées qu’on ne le pense trop souvent, et entre lesquelles les « passerelles » se multiplient depuis quelques années.

D’abord, puisque ce qui va sans dire va mieux encore en le disant, les masters en droit public forment aux professions du service public, et notamment à celles des administrations, qu’il s’agisse des fonctions publiques d’État (civile ou militaire), territoriale ou hospitalière.

La voie du concours demeure certainement la principale voie d’accès à ces administrations, mais le recrutement contractuel se développe.

Quelle diversité de métiers ! Commissaires dans les armées ; universitaires ; attachés territoriaux, d’administration déconcentrée ou centrale ; administrateurs de l’une ou l’autre des assemblées parlementaires ; directeurs des services pénitentiaires ; administrateurs civils ; directeurs ou attachés au sein d’un hôpital ; métiers de la police et de la gendarmerie nationales ; métiers du ministère des finances, etc.

Ensuite, les masters en droit public forment aux différents métiers (magistratures, greffes) des juridictions administratives et financières.

Enfin, on peut aussi choisir des formations de second cycle en droit public pour rejoindre des carrières… privées, notamment en embrassant la carrière de collaborateur politique, ou en rejoignant les organismes de Sécurité sociale, le Barreau ou des cabinets de conseil, ou même l’entreprise, dont les services juridiques ont bien souvent besoin de bons connaisseurs, notamment, des règles du droit des marchés publics.

Quel que soit votre choix, je vous souhaite succès et joies dans vos études, et me permets ce conseil : « Labor improbus omnia vincit » (le travail acharné vainc toute chose) !

 

Marc OLLIVIER,

Doyen de la Faculté de Droit,
Responsable du Master 2 Droit public « professions juridiques et administratives »,
Université Catholique de Lyon (UCLy)

One comment

  1. Merci beaucoup Monsieur. Même si, je dois l’admettre vous nous laisser sur notre fin.

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