Ils ont fait du droit mais pas que – rencontre avec Joëlle Verbrugge, avocate et photographe pour la vie

Le Petit Juriste acocmpagne désormais ces juristes pas comme les autres qui sont parvenus à faire de la science juridique un moyen de lancer un appel à la solidarité.

Aujourd’hui, c’est à Joëlle Verbrugge – Auteur-photographe mais également cofondatrice de l’association « Photographes pour la vie » que nous avons laissé la parole.

Joëlle Verbrugge - Auteur-photographe
Joëlle Verbrugge – Auteur-photographe

 

LPJ: Quel est votre parcours?

Joëlle Verbrugge : Je suis née en Belgique, où j’ai étudié le droit et pratiqué 10 ans comme avocate au Barreau de Bruxelles.

J’ai ensuite déménagé pour m’installer au Pays Basque en 2001, et je fais à présent partie du Barreau de Bayonne.

Comment en-êtes vous venue à faire de la photographie?

L’envie m’a prise quand j’avais 11 ans, sans doute sous l’influence du magazine GÉO auquel j’étais abonnée. J’ai donc travaillé un été pour me payer un réflex que j’ai gardé jusqu’en 2004 quand je suis passée au numérique.

De passe-temps, la photo est devenue ensuite passion.. puis une profession exercée en parallèle sous un statut d’artiste (auteur-photographe) en 2009, de telle sorte que je combine actuellement les deux activités.

J’ai publié un premier livre photo en 2011, « Pays Basque, Terre de couleurs » (Ed. Cairn) et un second récemment, cette fois en collaboration avec André Lamerant, et consacré à Biarritz.

Et je travaille sur divers projets dont j’ignore par contre encore sur quoi ils déboucheront, mais ça fait partie du plaisir, ou du moins de la façon dont j’aime appréhender la photo.. faire à l’instinct, et voir ensuite ce qui peut éventuellement en ressortir, et à qui cela peut plaire. Wait & see..

Je ne manque pas d’idées, mais il faut du temps pour mettre tout cela en place, et trouver également les bons partenaires au bon moment…

Outre cela, je travaille avec une agence de photos sportives établie ici dans la région, ce qui m’amène à photographier des événements sportifs très intéressants.

Vous exercez dans différents magazines spécialisés et tenez plusieurs blogs, comment faites-vous pour jongler avec votre métier d’avocate?

Et la complexité du droit, lorsqu’il touche à la photo (que ce soit pour le choix d’un statut, ou en ce qui concerne les errements jurisprudentiels en matière de droit d’auteur ou de droit à l’image) m’a ensuite naturellement amenée à créer le blog « Droit & Photographie« , sur lequel j’aborde diverses questions juridiques en rapport avec la photo. Et ceci a débouché sur différentes publications.

Le reste des blogs ou sites concernent surtout mon activité photo. La collaboration avec la presse se fait essentiellement pour un magazine, Compétence Photo. Mais il arrive parfois que je sois contactée par l’un ou l’autre média sur un sujet précis pour une question ponctuelle, plutôt afin d’apporter un éclairage juridique au journaliste qui me contacte.

Pour ce qui est de combiner ça avec mon cabinet, là vous avez trouvé le mot : il faut parfois jongler.. la difficulté principale vient sans doute du fait que, proche des photographes puisque j’en fais partie aussi, il faut parfois un peu de fermeté pour expliquer lorsque je suis contactée qu’il me faut vivre de quelque chose, et que je ne peux en permanence répondre à l’ensemble des questions gracieusement, outre le temps considérable passé à alimenter le blog.

La frontière est parfois difficile à tracer entre la passion qui est commune à celle de mes lecteurs, la photo, et la nécessité de pouvoir faire tourner un cabinet.

Mais pour le reste, l’expérience est humainement et intellectuellement très agréable, et les questions qui me sont posées me permettent aussi de trouver des idées d’articles auxquels je n’aurais pas spontanément pensé.

Donc c’est un échange permanent qui est par contre chronophage

Mon prochain challenge est sans doute d’apprendre à mieux tracer cette frontière, mais j’y travaille.

Avez-vous toujours été intéressée pars le droit de l’image ou est-ce votre passion qui vous a rapproché de cette spécialité au cours de votre métier?

Non, au début je cloisonnais vraiment ces deux parties de ma vie. La photo était une passion de plus en plus dévorante, et le droit était, à côté, un gagne-pain.

Ce n’est qu’au moment où j’ai voulu transformer ma passion en activité professionnelle, fût-ce accessoire, que peu à peu les deux se sont mêlés, pour finalement arriver au stade actuel, où la quasi-totalité de ma clientèle est en rapport avec l’activité photographique au sens large.

Ce n’était ni un calcul ni un choix, mais un enchainement de petits actes posés en fonction de mes envies, et qui m’ont amenée à comprendre que c’est dans cette matière que je me sentais le mieux. Si je ne pouvais pas vivre uniquement de la photo, pourquoi ne pas faire rentrer la photo dans mon cabinet ?

Avec le développement d’internet et des réseaux sociaux, le droit à l’image est une problématique devenue très complexe, quel conseil pourriez-vous donner à nos lecteurs?

Si l’on parle du droit à l’image pur, sans entrer donc dans le droit d’auteur, le premier conseil me semble devoir être de ne pas vous brider.. faites des photos si vous aimez cela.. prenez-y plaisir…

Car de manière générale, ce qui posera (éventuellement) problème sera la diffusion de la photo, mais pas le fait de la prendre.. Et ce qui est « interdit » (ou du moins limité) par la jurisprudence ne le sera peut-être plus dans 5, 10 ou 15 ans.. votre photo, elle, si vous vous posez trop de questions avant de la prendre, vous aura échappé…

Ensuite, lorsque la photo est prise, la possibilité de l’utiliser et de la diffuser dépendra essentiellement du contexte de l’utilisation. Si vous visez une fin « commerciale » il faudra toujours l’accord de la personne représentée (si elle est reconnaissable). Si par contre il s’agit de droit à l’information ou de liberté d’expression artistique, les règles sont beaucoup plus souples.

Si par contre la photo a été prise dans un lieu privé, soyez d’autant plus attentif puisque le Code pénal lui-même érige en délit le fait de la diffuser sans l’accord de la personne qui y figure, sauf à démontrer que, consciente de ce que vous la preniez en photo, elle ne « s’y est pas opposée ». Et à cet égard, il faudra alors logiquement démontrer non seulement qu’elle ne s’est pas opposée à la photo elle-même, mais surtout à sa diffusion.. ce qui risque d’être bien plus difficile.

La difficulté de la matière réside surtout dans son caractère essentiellement prétorien.. et donc fluctuant….

Vous avez créé une association caritative en rapport avec la photo, de quoi s’agit-il ?

En effet, souhaitant au départ que les rencontres sympas faites un peu partout lors de mes conférences juridiques débouchent aussi sur autre chose que de parler uniquement de droit, de fiscalité, de statuts, j’attendais de trouver une façon de mettre aussi en avant la générosité des photographes. L’idée nous est venue, à André Lamerant (l’autre créateur et président de l’association) et moi-même de vendre des tirages originaux limités et signés au profit de la lutte contre le cancer. Nous avons donc créé une association nommée « Photographes pour la Vie », qui au moment de son lancement comptait environ 60 photographes et proposait 80 photos. La mise en ligne et l’annonce officielle ont eu lieu le 31 décembre 2012.

Aujourd’hui, plus de 300 photographes participent, avec autant de photos dans tous les styles. 2013 nous a permis de verser plus de 3000 euros de profit (après paiement des frais de tirage et d’expédition) à la Ligue c/ le Cancer, dont nous sommes l’un des partenaires.

Nous poursuivons bien sûr notre activité, qui est conçue pour durer.. et nous développons d’autres idées pour la faire connaitre.

Notre plus grand besoin à l’heure actuelle est de toucher d’autres marchés d’acheteurs.. que l’information circule le plus possible. Chaque fois que nous donnons un grand coup de buzz, 1 ou 2 tirages sont vendus juste après. Mais nous faisons fonctionner cela à deux, en plus de nos activités courantes.. il est donc impossible d’y consacrer tout notre temps.

N’hésitez donc pas à relayer, à partir de notre page Facebook par exemple.

http://www.photographespourlavie.com/boutique/

Au-delà de l’aide elle-même, c’est une très belle aventure, car elle fédère les photographes, permet des rencontres entre participants (notamment à l’occasion des Salons de la photo, etc.).

 

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