L’ampleur de la crise au Venezuela justifie-t-elle une intervention humanitaire ?

Le Venezuela est actuellement empêtré dans la plus grande crise humanitaire  que l’Amérique latine ait connu depuis cinquante ans.

Marquée par une hyperinflation projetée de 1 000 000 % pour cette année, un manque cruel de nourriture et de médicaments et de moins en moins d’essence disponible, la situation est telle que, même si le pays a encore suffisamment de marchandises essentielles, la monnaie est tellement dévaluée qu’il n’est plus possible pour un Vénézuélien au salaire minimum de 29 dollars (déjà augmenté quatre fois cette année) d’acheter les produits de base pour vivre. En outre, le Venezuela a été classé en 2017 comme le deuxième pays le plus dangereux du monde avec 89 morts violentes pour 100 000 habitants : 26 616 personnes ont été tuées d’une manière violente, dont 21 581 étaient des meurtres commis par une personne privée et 5 335 par la police et institutions de sécurité. La police commet donc 15 homicides par jour, 106 par semaine et, chaque jour, un policier est tué.

L’exode

En conséquence, la plupart des Vénézuéliens émigrent en Colombie car le gouvernement de ce pays voisin n’exige pas de passeport. Ils utilisent ensuite les frontières de ce pays pour partir vers d’autres, comme l’Équateur ou le Pérou. Malheureusement, ces pays (et d’autres, comme le Chili) ont commencé à exiger un passeport pour rentrer sur leur territoire. Ce document, qu’il n’est plus possible d’obtenir pour pour la plupart des Vénézuéliens, crée en conséquence une barrière invisible. Dans le même temps, le Panama a été encore plus strict, fermant sa frontière avec la Colombie en 2016 pour éviter ce mouvement de population venant du Venezuela mais aussi d’autres pays comme Cuba. Cette interdiction panaméenne les force à passer par la jungle Darien, connue pour sa dangerosité. En plus des graves problèmes que rencontrent déjà les Vénézuéliens dans leur pays, ils font également face à la xénophobie, l’esclavage moderne, la prostitution forcée, etc. dans les pays vers lesquels ils immigrent.

La position du gouvernement vénézuélien est de nier la migration et la crise humanitaire que connait le pays. Néanmoins, Maduro prend des mesures pour essayer de pallier l’urgence économique, comme la création d’une cryptomonnaie appelée le Petro, la signature d’accords sur le pétrole et la sécurité avec la Chine, etc.

L’intervention humanitaire : une solution écartée

Face à cette crise, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, et l’ambassadeur de la Colombie aux États-Unis, Francisco Santos, ont décidé d’agir. Ils se sont concertés et ont conclu qu’une intervention humanitaire au Venezuela était l’une des possibles options qui devait être considérée pour renverser le gouvernement de Maduro. Le Secrétaire a rappelé que le fait d’avoir permis les génocides de Pol Pot ou au Rwanda, sous prétexte du principe de non-intervention dans les affaires internes, n’était pas conforme au droit. Il a conclu que la responsabilité de protéger nous appartenait à tous. Puis, il a abordé la réticence du président Maduro à recevoir l’aide offerte par les autres États et différentes organisations.

De même, Trump a affirmé lors de l’Assemble Générale de l’ONU que son homologue vénézuélien, Nicolas Maduro, pourrait être « renversé très rapidement » par l’armée vénézuélienne. En effet, le journal The New York Times avait repéré une réunion secrète entre fonctionnaires de l’administration Trump et militaires vénézuéliens pour discuter du renversement du président Maduro. Finalement, ils ont décidé de ne pas agir.

La doctrine de l’intervention est née au sein du rapport présenté auprès des Nations Unies par la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des États, adopté unanimement par l’Assemblée Générale en 2005 dans sa résolution 60/1. Elle est définie comme la responsabilité qu’ont tous les États de protéger les personnes contre des attaques et abus systématiques et sérieux des droits de l’Homme, lorsque l’État dans lequel les civils se trouvent ne peut ou ne veut pas prévenir son occurrence.

Dans l’histoire, il y a des exemples où une intervention humanitaire a été acceptée par la communauté internationale, par exemple lors de l’intervention libellée « Operation Deliberate Force » de l’OTAN au Kosovo en 1999 pour éviter le nettoyage ethnique. Cette intervention a été justifiée par le Secrétaire Général des Nations unies, Kofi Annan qui ne l’a jamais condamnée. Les Nations Unies ont aussi soutenu ex post facto l’intervention réalisée par l’ECOMOG au Liberia dictée par les graves violations de droits de l’Homme.

Néanmoins, la Cour Internationale de Justice (CIJ) s’est opposée à la doctrine. Dans l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, elle a en effet établi que le recours à la force n’était pas le mécanisme approprié pour prévenir les violations des droits de l’Homme dans un État tiers. De même, une intervention humanitaire pourrait, d’après certains auteurs, entraîner le risque que de puissants États l’utilisent comme moyen d’aboutir à une véritable invasion territoriale.

En l’espèce, pour réaliser une intervention humanitaire au Venezuela, les États-Unis ont besoin de l’approbation du Congrès, ainsi que celle du Conseil de Sécurité de Nations Unies, hypothèse qui est très peu probable, puisque la Russie et la Chine sont des pays alliés avec le Venezuela. Finalement, on doit se demander si les violations suivies au Venezuela sont suffisamment graves pour une intervention.

Marie Louise Bossard,

M2 Droit international et organisations internationales

Université Paris I Panthéon-Sorbonne

 

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