Le journal des reconversions

Ils ont une chose en commun : un passage express dans le monde du droit. Tandis que Caroline a choisi de suivre une passion, c’est un vent de liberté et une soif de découverte qui ont poussé Thomas et Alexandra à changer de cap. Nous avons rencontré ces trois membres de la diaspora juridique pour ce troisième numéro du Grand Juriste.

De l’avocature à l’humour : Caroline Vigneaux 

On ne présente plus la comédienne. Celle qui fut secrétaire de la conférence du stage en 2004, raccroche la robe et s’inscrit au cours Florent en 2008.

Dans son deuxième one-woman-show, « Caroline Vigneaux quitte la robe», elle con e au public son changement de vie du barreau jusqu’à la scène. Dotée d’un caractère bien trempé, l’ex-avocate n’est pas une femme de regret et nous retrace ici les coulisses de son invraisemblable reconversion.

À quoi ressemblait votre quotidien d’avocate avant de changer de vie ?

Caroline Vigneaux : Collaboratrice Senior dans un gros cabinet américain, mon quotidien c’était boulot, boulot, boulot…

Pourquoi avoir quitté le monde du droit pour celui de l’humour ? J’imagine que cela n’a pas été simple…

C. V. Très compliqué car j’adorais ce métier et je l’aime toujours autant! Je crois à l’adage « avocate un jour avocate toujours! », j’ai juste trouvé quelque chose de plus fort : la scène ! Mais je ne cesserai de défendre cette profession que je respecte tant. La décision a été très dif cile à prendre, mais je ne regrette rien. Malgré de grands moments de doutes et de tristesse… pas facile de garder le moral quand il y a deux personnes dans la salle… les débuts ont été difficiles.

Est-ce que le sens de l’humour est utile pour un avocat ?

C.V. Je pense que c’est un plus, pour les plaidoiries peut-être,mais pour le quotidien,sûrement ! L’humour permet de dédramatiser des situations dif ciles… un peu comme pour les médecins.

Vous portez un regard sévère sur la profession, quel est le pire souvenir de votre vie d’avocate ? Et le meilleur ?

C. V. Mon pire souvenir est le seul dossier que j’ai refusé de prendre en tant qu’avocate commise d’of ce, car c’était l’horreur absolue et les images sont gravées dans ma tête, malheureusement. Mon meilleur souvenir, c’est compliqué, il y en a tellement… le premier jour où j’ai porté la robe, en prêtant serment…

Je volais au-dessus du sol tant j’étais fière !

Est-ce que vous avez un conseil pour un professionnel du droit qui hésiterait à changer de voie professionnelle ?

C. V. N’ayons aucun regret sur notre lit de mort les amis !

Quels sont vos projets cette année ?

C. V. Je termine le tournage de mon premier lm, puis je reprends la tournée jusqu’en juin… avec la réalisation de mon rêve les 22 et 23 avril 2016 : l’Olympia!

 

Du notariat à l’entreprenariat : Thomas Rivoire 

Après cinq années passées dans le notariat, ce diplômé d’HEC, décide d’emprunter la voie de l’entrepreneuriat juridique. En 2013, accompagné de deux acolytes, il crée le site Legalife, offrant un système d’abonnement mensuel pour la réalisation de documents juridiques et la mise en relation avec un avocat à prix réduit. Retour sur un changement de voie radical.

Pourquoi avez-vous quitté la profession de notaire?

Thomas Rivoire. J’avais envie de liberté et de créer un projet personnel. Mon expérience dans le conseil juridique, la production d’actes juridiques et mon appétence pour les nouvelles technologies m’ont conduit à fonder LegaLife avec un ancien consultant en stratégie et un polytechnicien.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune professionnel du droit s’interrogeant sur ses choix ?

T. R. Je pense qu’aujourd’hui les choix professionnels que l’on fait en sortant de ses études ne sont plus définitifs. Contrairement à la génération de nos parents ou, plus encore celle de nos grands-parents, nous aurons certainement plusieurs métiers au cours de notre vie et peut-être même dans différents pays.

Le marché du travail évolue très vite, des métiers naissent et disparaissent tous les jours.

Il faut essayer d’anticiper au maximum l’évolution de l’industrie dans laquelle on travaille.

 

De l’avocature à la presse : Alexandra Cauchard

Après avoir obtenu le CAPA, Alexandra Cauchard refuse une offre de collaboration dans un grand cabinet pour rejoindre la rédaction du magazine Décideurs, d’où elle interprète aujourd’hui les tendances du marché via des interviews de personnalités hors du commun (patrons, DRH, ministres…). Rencontre avec celle qui a troqué la robe pour la plume.

Pourquoi avez-vous quitté la profession d’avocat ?

Alexandra Cauchard. Je ne me projetais plus dans la profession. La course à l’association, l’hyper- expertise, la place accordée à la hiérarchie au sein des cabinets, la relation complexe, presque schizophrène, avec ses clients et ses confrères… Tout ce qui caractérise ce métier ne me correspondait plus. Alors j’ai ré échi pour identi er ce qui me permettrait d’être épanouie. L’esprit du collectif, l’innovation et la découverte se sont avérés essentiels et donc incompatibles avec le parcours solitaire et technique de l’avocature.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune professionnel du droit s’interrogeant sur ses choix ?

A. C. Un seul résume tous les autres : essayer d’entreprendre sa vie professionnelle avec optimisme.
Aujourd’hui, l’école, l’actualité, la famille imposent à la jeunesse une prudence dans son orientation.La société toute entière fabrique des pessimistes qui préfèrent choisir la sécurité aux risques du bonheur. Chacun a le droit de penser que tout est possible. Trouver sa voie est un parcours de longue haleine. Plus ils multiplieront les expériences professionnelles, plus ils se donneront l’opportunité de faire des choix en accord avec ce qu’ils sont. Partir à l’étranger, multiplier les expériences en start-up, dans des groupes internationaux, dans des cabinets de différentes tailles pour avoir les cartes en main. Rien ne justifie d’accepter de subir sa vie.

Propos recueillis par Hugo Bettahar

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