Etude des salaires -administratifs- dans le sport

Présentation de la Lex Sportiva

Face à l’émergence de cette nouvelle discipline qu’est le droit du sport, le Master Professions Juridiques du Sport (ci-après, PJS) voit le jour en 2005 à Mâcon, avant de déménager en 2015 à Dijon. En 2009, la Lex Sportiva est créée afin de promouvoir le Master, ses diplômés et d’accompagner ces derniers dans l’insertion professionnelle. Mettre la lumière sur la réalité de notre milieu faisant également partie des missions de l’association.

Mot de Paul Messi, porteur du projet

Ancien étudiant au sein du Master 2 Professions Juridiques du Sport et désormais professionnel du droit ; je souhaitais, après mon étude rédigée et publiée relative à la « Frustration et malaise des (sûrs) diplômés »[1], réaliser cette grille de salaires.

Cette première édition est le résultat d’une investigation et d’une enquête auprès des personnels administratifs du sport.

Je souhaite, par cette étude, présenter la réalité du milieu sportif côté administratif peu évoqué, à savoir un secteur qui attire énormément de talents ; une niche hyper concurrentielle où certains sont prêts à tous les sacrifices pour y entrer ou pour y rester quitte à accepter des rémunérations dérisoires et des conditions de travail difficiles. Travailler dans le secteur sportif justifie t-il de tels sacrifices ?

Il appartient au lecteur attentif de cette grille de salaires à faire la part des choses. Elle sera, pour certains, un simple article et pour d’autres, une alerte ou un indicateur pour se situer dans ce marché.

Résultat de l’étude réalisée

La construction de sa vie professionnelle se fait en deux temps : l’entrée dans la vie active et l’orientation professionnelle pendant sa carrière.

La présente grille de salaire résulte d’une étude réalisée sur un échantillon de 321 salariés administratifs du secteur du sport et des renseignements obtenus auprès des différents interlocuteurs interrogés. Elle ambitionne de renseigner les employés du mouvement sportif sur les fourchettes de rémunération brute actuellement pratiquées. Elle ne prend pas en compte les minimas de la CCNS.

Dès à présent, il convient d’évoquer l’évolution de la rémunération de certains salariés en considération du tableau ci-dessous. Elle peut exploser et devenir « hors norme » en fonction de :

  • Leurs compétences,
  • Leur technicité,
  • Leur responsabilité,
  • Leur évolution en interne,
  • Le changement de structure.

 

Il restera au lecteur attentif de cette grille de salaire à faire la part des choses.

Il y a deux secteurs qui ont été volontairement mis de côté :

  • Les institutions publiques : on entend institution publique l’ensemble des collectivités locales et territoriales (mairie, établissements publics de coopération intercommunal, département, région), les organisations décentralisées (préfectures) et centralisées (ministère des sports, les AAI et les EPA/EPIC). Faute de retours suffisamment nombreux, nous avons fait le choix de mettre de côté ce secteur afin de ne pas présenter une étude qui n’est pas en phase avec la réalité du marché.
  • Les professions libérales et notamment la profession d’avocat : nous avons volontairement souhaité nous concentrer sur les salariés dont les données sont plus stables.

Le panel global en nombre de sondés :

Définition des secteurs

  • Clubs professionnels et FFF/FFT

  • Les clubs professionnels

Pour définir les clubs professionnels, nous avons choisi de nous affranchir de la distinction Ligue Professionnelle/Fédération, mais plutôt de considérer le club professionnel en fonction de son organisation. En effet, aujourd’hui il y a des clubs qui évoluent au premier échelon « non-professionnel » d’une discipline[1] avec une organisation et un fonctionnent identiques (mêmes contraintes sociales notamment) aux clubs participant aux compétitions des ligues professionnelles.

L’acception d’un club professionnel pour notre étude est celle d’une association et/ou société sportive organisée par pôle ou secteur (juridique, commercial, communication, marketing, sportif…), et qui emploie des sportifs professionnels. Certaines fédérations incitent et accompagnent même les clubs dans ce processus de professionnalisation-structuration. A titre d’exemple, l’obligation pour les clubs du Championnat de National de football de se soumettre et de remplir les critères de la Licence Club FFF. Exemples de critères : avoir un juriste, un commercial, un responsable de communication ; sur le plan sportif, respecter un certain cahier des charges de formation quasiment identiques à celui d’un centre de formation agréé. Le respect de l’ensemble de ses critères détermine le montant de l’aide de la FFF.

  • La Fédération Française de Football (FFF) et la Fédération Française de Tennis (FFT)

Ces deux fédérations ont été volontairement raccrochées aux clubs professionnels, et donc distinguées des autres fédérations car l’étude réalisée révèle que la grille salariale s’y rapproche davantage, ce qui permet de ne pas fausser les résultats concernant les autres fédérations.

  • Marques et annonceurs

Les marques et annonceurs sont l’ensemble des équipementiers, des médias sportifs (télévision, radio, presse internet, presse écrite), des publicitaires et organisateurs d’événements.

  • Les clubs intermédiaires

Sont entendus comme clubs intermédiaires, les clubs qui ne sont pas professionnels. Ces clubs sont organisés en association et sont des clubs amateurs, des clubs omnisports, qui n’emploient pas de sportifs. La plupart de leurs salariés sont soit administratifs, soit des éducateurs.

  • Fédérations, syndicats et mouvement olympique

Sont entendues comme fédérations sportives, toutes les autres fédérations autres que FFF et FFT, que ce soit des fédérations unisports (par exemple la Fédération Française de Handball) ou des fédérations affinitaires ou omnisports (par exemple la Fédération Française des Clubs Omnisports). Dans cette étude, sont rattachées aux fédérations sportives les organisations décentralisées des fédérations (ligues, comités, districts…). L’ensemble de ces fédérations sont des associations.

Les syndicats sont les organisations représentatives des salariés du mouvement sportif, mais également les organisations patronales à l’instar du CoSMoS.

Le mouvement olympique regroupe à la fois le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), les comités décentralisés olympiques et sportifs (CROS, CDOS), et le Comité d’organisation de Paris 2024. Compte tenu du caractère temporaire et technique que peut représenter l’organisation de Paris 2024, les salaires que peuvent percevoir les professionnels du milieu ne sont pas révélateurs du marché du mouvement olympique.

Quelques observations

  • Le milieu du sport, un milieu associatif

Le milieu associatif sportif, c’est aujourd’hui environ 307 500 associations sportives en France[1]. Le milieu associatif est le lieu de l’engagement bénévole. Le salariat n’intervient que pour amener une compétence précise ou complémentaire. Le bénévolat et le salariat poursuivent néanmoins un objectif commun, assurer l’accomplissement du projet associatif qui est la raison d’être des associations sportives.

Cette organisation associative explique la grille salariale présentée ci-dessus.

  • Les diplômés, bien plus que des juristes du sport

La fonction de juriste dans le secteur sportif va au-delà des missions juridiques. En effet, les employeurs recherchent de plus en plus de salariés avec des compétences plurielles pour occuper des fonctions administratives, voire financières. Cela s’explique par le fait que le milieu du sport est essentiellement associatif, il n’y a pas forcément les moyens de multiplier les recrutements. Les associations cherchent donc à centraliser les missions en une personne qui deviendra par la force des choses polyvalente.

  • Parallèle entre le juriste du sport, le juriste d’entreprise

Pour faire un comparatif avec les autres milieux, nous allons nous concentrer sur les juristes juniors pour deux raisons : d’une part c’est l’échantillon qui comporte le plus de sujets, et d’autre part, les données comparatives se basent sur le salaire d’un juriste junior.

Nous avons choisi de nous focaliser sur le juriste d’entreprise parce que c’est la fonction qui se rapproche le plus au juriste du sport, que ce soit dans les missions ou dans l’environnement

Il est important de rappeler que le juriste du sport est un juriste qui sort d’études avec un bac+5, au même titre que les juristes d’entreprises ou les juristes en droit social.

L’ONISEP définit le juriste d’entreprise comme « un spécialiste du droit [qui] a pour mission de défendre et protéger les intérêts de sa société. Il intervient sur des contrats de travail ou des contrats commerciaux, il s’occupe des contentieux ou des dossiers liés à l’environnement, il s’assure que les projets et les décisions respectent la législation. C’est à lui de conseiller les différents services de l’entreprise en se tenant informer de l’évolution du droit. Associé à toutes les décisions commerciales, financières et techniques, il évalue les risques des opérations menées, imagine les montages juridiques les plus avantageux pour son entreprise »[2].

Le juriste de droit social, toujours selon l’ONISEP, a pour spécialité les contrats de travail, la gestion des procédures de licenciement et des contentieux prud’homaux… mais aussi la protection sociale, la formation des salariés, les relations avec les syndicats[3].

Pour faire le parallèle sur les émoluments entre le droit du sport et ses milieux voisins, nous allons recentrer la comparaison sur le salaire touché par un juriste junior dans une association (dans notre étude les clubs intermédiaires et les fédérations, syndicats et le mouvement olympique), profil le plus représentatif du juriste en droit du sport.

Aujourd’hui, force est de constater que le juriste en droit du sport, bénéficie en sortie d’études, d’une rémunération bien inférieure à celle perçue par le juriste en droit social[4] ou celle perçue par les juristes d’entreprises[5]. Or, il incombe au juriste du sport, compte tenu du milieu associatif dans lequel le professionnel évolue, des missions transversales qui exigent des compétences plurielles.

Il existe donc un véritable écart entre les missions, la responsabilité, les exigences d’un côté, et la reconnaissance en début de carrière de l’autre. Cet écart peut s’expliquer par l’exécution de ces fonctions dans un milieu associatif qui est très souvent dépourvu de moyens pour se structurer. Cependant, pour faire évoluer la matière, la structuration du mouvement sportif, et s’assurer de la pérennisation de ces postes dans ce milieu, il est important qu’il y ait une prise de conscience et de s’assurer d’une rémunération plus juste des professionnels.

 

Paul Messi

 

[1] En mars 2016, INSEE Première n°1587 https://crdla-sport.franceolympique.com/cnar/fichiers/File/20170613_crdla_fiche_le_sport_en_quelques_chiffres.pdf

 

[2] http://www.onisep.fr/Ressources/Univers-Metier/Metiers/juriste-d-entreprise

[3] http://www.onisep.fr/Ressources/Univers-Metier/Metiers/juriste-en-droit-social

[4] Salaire d’un juriste en droit social http://www.onisep.fr/Ressources/Univers-Metier/Metiers/juriste-en-droit-social

 

[5] Salaire d’un juriste d’entreprise http://www.onisep.fr/content/location/81216/version_longue

[1] https://www.lepetitjuriste.fr/frustration-et-malaise-des-surdiplomes/

[2] C’est le cas par exemple du Championnat National organisé par la FFF ou du Championnat de Fédérale 1 géré par la FFR.

 

 

 

 

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