« Notre handicap doit être une force »

En master 1 droit des affaires et fiscalité – DJCE à l’université Lyon 3 Jean-Moulin, Enola Heranval vient d’accepter d’être une H-ambassadrice pour l’association Droit comme un H ! dédiée à l’insertion des talents en situation de handicap qui veulent rejoindre les professions du droit. Elle revient pour nous sur son parcours et sur ce projet qui lui tient à cœur. 

Ne jamais s’autocensurer, poursuivre son chemin, assumer son handicap et en faire une force : tel est le leitmotiv d’Enola Heranval. Cette jeune femme de 20 ans souffre d’une maladie génétique qui vient affecter le tissu conjonctif. « Cela touche les articulations et provoque des luxations, des douleurs et de la fatigue » explique-t-elle. C’est à l’âge de 12 ans que la maladie s’est vraiment déclarée : « Je pratiquais de la gymnastique jusqu’à 15 heures par semaine et je me suis blessée. La maladie s’est réveillée. Après des années d’errance médicale, le diagnostic est tombé : j’étais atteinte du syndrome d’Ehler-Danlos. »

« L’université m’a proposée d’étaler mon année sur deux ans. J’ai refusé »

Au lycée, pour l’aider à gérer ses difficultés d’écriture, Enola bénéficie d’un accompagnement pour la prise de notes, notamment pour passer les épreuves de son bac ES. Fraîchement diplômée, la jeune normande s’inscrit en première année de droit à l’université du Havre. Son handicap l’oblige à travailler avec un ordinateur durant les cours magistraux et les TD. Et pour les partiels, des aménagements sont mis en place. « L’université m’a proposée d’étaler mon année sur deux ans. J’ai refusé. J’ai estimé que j’étais capable de suivre mon cursus normalement. Je me suis organisée et j’ai aussi bénéficié du soutien d’étudiants qui me transmettaient les cours lorsque j’avais des rendez-vous médicaux » confie la jeune femme. Enola s’investit donc pleinement dans ses études de droit et comme elle ne peut plus pratiquer de sport mais que cette activité lui manque cruellement, elle décide de mettre à profit ses compétences. Elle postule auprès de la Fédération française de gymnastique et devient juge national de gymnastique artistique masculine : « Je suis formatrice et responsable de compétition. J’assiste aussi à des colloques. J’ai besoin de baigner dans cette ambiance sportive » avoue Enola.

« J’ai accepté d’être la H-ambassadrice de l’université de Lyon 3 »

L’étudiante a obtenu sa licence cet été et a intégré un M1 droit des affaires et fiscalité-DJCE à l’université Lyon 3 Jean-Moulin. Elle souhaite passer l’examen du CRFPA après son M2 pour devenir avocate. En ce moment, Enola a un projet qui lui tient particulièrement à cœur, celui d’assurer le rôle de H-ambassadrice pour l’association Droit comme un H ! dédiée à l’insertion des talents en situation de handicap qui veulent rejoindre les professions du droit. « J’ai découvert l’association grâce aux réseaux sociaux. Après un entretien avec Stéphane Baller, avocat et co-initiateur de cette structure, j’ai accepté d’être la H-ambassadrice de l’université de Lyon 3. Je vais ainsi commencer par contacter la mission handicap de mon université pour qu’elle puisse m’aider dans mes démarches puis d’autres associations d’étudiants afin de faire connaître ce programme » explique la jeune femme.

« Beaucoup de jeunes diplômés handicapés appréhendent leur recherche d’emploi »

L’objectif de Droit comme un H ! est en effet de faciliter l’accès aux professions du droit – notamment celle d’avocat ou de juriste, conseils des entreprises – à des talents détectés à partir de la L2 avec l’aide des missions handicap des universités. L’association apporte son soutien auprès des cabinets et entreprises qui feront le choix de prendre en stage, en alternance ou en CDI, ces juristes en situation de handicap. « Beaucoup de jeunes diplômés handicapés appréhendent leur recherche d’emploi et leur intégration dans l’entreprise. Ils s’autocensurent. Ils hésitent souvent à mentionner leur handicap dans leur CV. J’avoue que cette idée m’a effleurée l’esprit. Je redoutais d’être prise juste pour remplir le quota des 6 % de l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés. Mon chargé de TD en L3 m’a dit qu’il était important de le mentionner pour instaurer dès le départ un dialogue de confiance avec le recruteur » raconte Enola.

L’étudiante en droit compte donc bien remplir sa mission de H-ambassadrice et souhaite plus que tout faire passer ce message : « Nous devons montrer aux recruteurs que nous avons beaucoup de ressources. Notre handicap doit être une force.  Il ne faut pas se focaliser sur nos difficultés mais sur nos facultés. » Enola en est le meilleur exemple, elle n’a jamais abandonné et a toujours puisé en elle la force et l’énergie nécessaires pour relever tous les challenges.

Séverine Tavennec

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