« Un bon arbitre ne doit pas avoir peur de déplaire aux parties »

Juriste et arbitre international connu et reconnu, docteur en droit et professeur agrégé de droit privé, Thomas Clay, est devenu administrateur provisoire de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne le 2 septembre dernier. Retour sur le parcours de ce professeur de droit aux mille et unes vies professionnelles.

12, place du Panthéon, siège de l’université et de l’École de droit de la Sorbonne, Thomas Clay m’accueille dans son bureau où il s’affaire depuis le début de la journée. En ce mercredi 2 septembre 2020, il vient en effet de prendre ses fonctions d’administrateur provisoire de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne depuis qu’il a été nommé le 8 juillet par le recteur de la région académique d’Ile-de-France (43.000 étudiants, 2.500 personnels). « Cela se bouscule un peu aujourd’hui et ce n’est que le début. Pendant les quatre prochains mois, la gouvernance de cette gigantesque université va être ma priorité » confie-t-il. Devant la tâche immense qui l’attend et la disponibilité qu’elle implique, le professeur de droit va devoir mettre en veille son activité d’arbitrage : « J’ai recruté quatre personnes pour que mon cabinet continue de fonctionner et j’ai eu l’accord du recteur pour assister aux audiences déjà programmées » précise-t-il.

« Je dois ma passion de l’arbitrage au professeur Bruno Oppetit »

La fonction d’arbitre international tient très à cœur au juriste qui a fondé le cabinet Clay Arbitration en janvier 2019 dédié à l’activité d’arbitre, de conseil et de consultant dans l’arbitrage interne, international et d’investissement. Thomas Clay conseille et représente ainsi des Etats, des entreprises françaises et étrangères dans des contentieux arbitraux ou judiciaires. Il a participé à plus d’une centaine de procédures arbitrales, comme président, arbitre unique ou coarbitre.

« Ma thèse sur l’arbitre a changé ma vie »

L’arbitrage, Thomas Clay l’a découvert lorsqu’il était étudiant à Paris-2 Panthéon-Assas, lors des cours de Bruno Oppetit : « Je dois ma passion de l’arbitrage à ce professeur merveilleux. J’ai été rapidement passionné par les enjeux théoriques de cette matière, mais je n’ai perçu les implications pratiques que plus tard. J’ai ainsi consacré ma thèse à l’arbitre, sous la direction du renommé Philippe Fouchard et cela a changé ma vie. Ma thèse a été publiée par les éditions Dalloz, qui renouaient cette année-là avec la publication des thèses et cela m’a projeté dans la pratique de l’activité d’arbitre et de conseil » raconte-t-il. Alors âgé de 28 ans, Thomas Clay suit ainsi des dossiers et accompagne des arbitres dont Simone Rozès qui a été la toute première présidente de la Cour de cassation. Il passe l’agrégation de droit privé en 2001 et est recruté à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Université Paris Saclay). Il y fonde et dirige le master arbitrage et commerce international : « J’ai bénéficié d’une grande liberté pour développer ce diplôme dans cette université nouvelle où il y avait tout à faire. Le master est devenu vite une référence, a profité de la position de leadership de Paris en matière d’arbitrage international. » En 2011, Thomas Clay crée avec Robert Badinter un cabinet de consultations juridiques, Corpus Consultants, composé uniquement de professeurs de droit. Quant à sa carrière universitaire, le professeur sera Doyen de la Faculté de droit et de science politique de l’Université de Versailles, puis vice-président de l’Université avant de rejoindre l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne en 2017. Entre-temps, il a publié une dizaine de livres, plus de 200 articles et donné des conférences dans le monde entier.

« L’affaire Tapie a été un accélérateur pour moi »

En tant qu’arbitre, Thomas Clay s’est fait connaître par la presse pour son rôle dans l’affaire Tapie contre le Crédit Lyonnais. Le juriste a été l’un des premiers à dénoncer l’arbitrage qui a permis à l’homme d’affaires d’empocher 405 millions d’euros dans son litige avec le Crédit Lyonnais : « Tout le milieu de l’arbitrage me disait que je n’aurais plus jamais d’affaire. A l’époque, j’étais encore idéaliste. Je ne pouvais pas accepter que l’on confonde l’arbitrage avec cette affaire. J’ai fait des centaines d’interviews. Tapie m’a attaqué par tous les moyens. Finalement, cette affaire a été un accélérateur pour moi. J’ai eu l’image de l’intégrité, et cela m’a même permis d’avoir des dossiers ensuite, contrairement aux prédictions, dont la défense de Michel Platini contre la FIFA. »

Le professeur s’est aussi frotté au monde politique. Proche d’Arnaud Montebourg pendant quinze ans, il l’a accompagné dans tous ses combats politiques. Lors du quinquennat Hollande, il a été conseiller politique d’André Vallini, Secrétaire d’État à la réforme territoriale puis conseiller personnel de Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et la Recherche. C’est notamment à lui qu’on doit la réforme de l’examen d’entrée à la profession d’avocat pour qu’il devienne national. « Les disparités régionales en avaient fait un examen qui ne respectait plus l’égalité républicaine. Tout le monde attendait cette réforme », plaide Thomas Clay. Membre de la Haute Autorité éthique du Parti socialiste, le juriste en prend la présidence en 2015, et sera, à ce titre président de la Haute Autorité des Primaires Citoyennes en 2017.

Un des arbitres les plus nommés en France

Mais la vraie passion de Thomas Clay reste et restera toujours l’arbitrage. Il siège ainsi régulièrement dans des tribunaux CCI et CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements). Il a assuré notamment le rôle de coarbitre dans l’affaire Serter v. France dans le premier arbitrage CIRDI intenté contre le pays. Il a aussi été nommé arbitre par Sergueï Pougatchev dans la procédure à 12 milliards de dollars qui l’a opposée à la Russie… L’homme de droit est assurément aujourd’hui l’un des arbitres les plus nommés en France. « Un bon arbitre ne doit pas avoir peur de déplaire aux parties. Pour exercer cette fonction, il faut accepter de changer d’avis. Au-delà des qualités juridiques, l’arbitrage exige aussi une très grande disponibilité car les dossiers sont monumentaux et les audiences durent des jours » explique Thomas Clay. Le juriste a formé des centaines d’étudiants dont beaucoup évoluent aujourd’hui dans le monde de l’arbitrage : « Il existe une énorme palette d’arbitrages : international, commercial, interne, familial, en droit du travail… Il y en a pour tout le monde ! On peut donc débuter dans un cabinet pour pratiquer l’une de ces spécialités puis au fil des années, viser l’arbitrage international. Ces carrières commencent vers 40-45 ans. Platon disait : « Un bon juge est un juge vieux ». Cet adage est particulièrement respecté dans le monde de l’arbitrage. » Parole d’un jeune sage de 51 ans.  

Séverine Tavennec

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